Lycée Joseph Vallot
Être une fille dans un univers de garçons
Un mot
Et ça a été tout le charme de l’exercice, l’imprévu d’un atelier à adapter en continu, au climat, à l’humeur du moment. Avec au final de très bons moments et surtout de beaux textes, lus ensemble à voix haute, franchement de quoi être fiers, pour les élèves et nous.
Christine Avel
Christine Avel
autrice
Nous avons senti un réel intérêt des élèves vis-à-vis du projet et de l’auteure qui nous accompagnait. Ils ont pris des habitudes d’écriture et ont restitué leurs productions avec plus de confiance dans leurs capacités, malgré quelques difficultés pour certains à s’exprimer et à surmonter le regard des autres.
L'équipe enseignante
Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée polyvalent Joseph Vallot
la ville
Rue du Docteur Henri Mas 34700 Lodève
la classe
2éme année CAP employé de commerce multi-spécialités (16 à 18 ans)
les intervenants
L'autrice : Christine Avel | Fannie Ansel (enseignante en lettres), Flores Maldes et Sandrine Renault (documentalistes)
le thème
"Danbé" récit autobiographique d'Aya Cissoko : être une fille dans un univers de garçons

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1ère partie : L’enfance

Je m'appelle Samia
Je vis en Algérie près du Sahara
J'ai neuf ans et quelques mois

Je suis seule avec mon père
Depuis le décès de ma mère
Lors d'un accident de voiture
J'en ai un souvenir amer

J'ai une maladie pulmonaire
Je ne veux pas que ça dure
C'est sûr,
Mais quand je cours trop longtemps
Je fais des malaises fréquemment

Souvent dans ma ville j'admire
Les garçons jouer au foot, virils
J'aimerais me joindre à eux
Mais ce n'est pas facile
Et je suis rejetée sans surprise

Plus tard j'aimerais
Faire de l'athlétisme
Mais je ne suis pas sûre
D'avoir le charisme

Une fille athlète
C'est très mal vu
C'est bête
Car c'est mon rêve absolu
J'aimerais le dire à mon père
Mais je connais déjà sa réaction
J'ai peur qu'il s'énerve
Il a peur que je m'épuise
Ça m'exaspère, il ne me comprend pas
C'est mon unique passion
Et une fille se doit d’être à la maison

Les seules personnes qui me soutiennent
Sont mes amis
Mon père pense qu'une fille
Doit devenir une bonne mère de famille

De toute façon je ferai ce que je veux de ma vie.
Je partirai loin pour réaliser mon rêve
Je ne pourrai pas m'en empêcher
Mon destin m'appartient.
Je veux être une championne.

Refrain :
Je me surnomme Samia,
Souvent on me rabaisse à cause
De cette satanée maladie,
C’est sûr, c’est comme ça,
Mais je reste debout
C’est une certitude
Je dois essayer
Pour avoir la chance
D’exaucer mon souhait
C’est ma seule obsession
Et j’espère que vous me soutiendrez
Je sais que mes sacrifices seront récompensés,
C’est grâce à moi
Si j’y suis arrivée
Mon destin est tracé
Désormais je me sens prête à ressusciter.

Partie 2 : L’entraînement

Je veux réaliser le sport de mes rêves,
Mais à cause de ma maladie, de mon handicap,
Je ne peux pas réaliser ce que je veux vraiment faire.
J’ai toujours souhaité m’inscrire à ce concours mondialement connu
Malgré le fait que je sois malade,
J’ai la force et l’envie de me surpasser
Afin d’atteindre mon but.

Je rêve de réussite
Me réaliser
Remporter la coupe
Être au rendez-vous
Ne plus être rejetée

Courir
J’y crois
J’ai du charisme
Je serai championne
Je calme ma colère
Contre mes concurrentes
Contre ceux qui ne me comprennent pas

Je dois faire vite,
La compète commence dans quatre mois.
Je vais régulièrement dans ma salle de sport.
Tous les matins j’effectue mon footing,
Également des fractionnés,
Je cours toute la journée
Sans jamais m’arrêter,
Jusqu’à m’essouffler.

Une personne m’aperçoit en train de courir :
«  C’est pas comme ça
Que tu vas réussir
C’est moi la meilleure :
Rendez-vous au Stade de la Liberté ! »

Refrain :
Je me surnomme Samia,
Souvent on me rabaisse à cause
De cette satanée maladie,
C’est sûr, c’est comme ça,
Mais je reste debout
C’est une certitude
Je dois essayer
Pour avoir la chance
D’exaucer mon souhait
C’est ma seule obsession
Et j’espère que vous me soutiendrez
Je sais que mes sacrifices seront récompensés,
C’est grâce à moi
Si j’y suis arrivée
Mon destin est tracé
Désormais je me sens prête à ressusciter.

Partie 3 : Le grand Jour

Aujourd’hui c’est le grand jour,
Je ne peux plus reculer.
Je ne pensais pas y arriver.
Ça a toujours été mon rêve de devenir championne,
Certains me disent que je déconne.

Je mets toutes les chances de mon côté
Sur le terrain je vais participer
À plusieurs épreuves.
Mais il y en a une que j’appréhende vraiment.
Il faut que je fasse mes preuves.
Je pense à toutes les difficultés et sacrifices permanents
Que j’ai endurés pendant tout ce temps.

C’est mon tour, je dois effectuer sur 500 mètres un parcours
Mais je crains qu’une crise d’asthme me joue des tours.

Nous sommes à Londres il fait un temps brumeux
Je suis en train de m’échauffer avec les autres participantes.
Mon entraîneur me booste à fond.
Anatoli a souvent été avec moi,
C’est quand même grâce à lui que je suis arrivée là.
« Donne tout ! » me dit-il,
Et surtout ne lâche rien
Jusqu’à la fin.
Que tu perdes ou que tu gagnes, je serai toujours avec toi.
Pour le chemin que tu as parcouru, tu peux être fière de toi.
Jessica, la championne en titre, me lance un regard narquois,
Mais je sais garder mon calme, alors je lui dis « Quoi ? »
Elle fait une tête de plus que moi
Des fesses musclées, des jambes fuselées.
Elle a déjà gagné deux fois contre moi,
Donc oui, face à elle je me sens en danger.

Je fais confiance à mon mental d’acier,
Rien ne peut me déstabiliser.
Je cherche du regard ma famille dans les tribunes,
Mais il y a juste une amie – Yamenda – pour me soutenir.

Nous nous positionnons sur la ligne de départ.
Le starter retentit
Et je n’ai qu’une envie :
C’est que ce soit fini.

C’est le dernier départ
Pour la ligne droite
C’est le dernier tour
Droit devant moi
Debout, je guette le danger
D’apprendre,
Que d’autres me dépassent
Mais devant
Il y a mon destin

Premier quart de tour : je suis en retard
C’est un cauchemar.
Mais au tour suivant,
Je me rattrape sur mon temps.

Et dans la dernière ligne droite, je suis enfin première
En relevant la tête, je vois soudain mon père.
J’ai passé la ligne, on m’acclame, mais je n’entends plus rien autour de moi.
Une voix perce le silence
« Ma fille, viens dans mes bras »
Crie cet homme craintif
Je suis fière : j’ai enfin réalisé mes objectifs.

Refrain :
Je me surnomme Samia,
Souvent on me rabaisse à cause
De cette satanée maladie,
C’est sûr, c’est comme ça,
Mais je reste debout
C’est une certitude
Je dois essayer
Pour avoir la chance
D’exaucer mon souhait
C’est ma seule obsession
Et j’espère que vous me soutiendrez
Je sais que mes sacrifices seront récompensés,
C’est grâce à moi
Si j’y suis arrivée
Mon destin est tracé
Désormais je me sens prête à ressusciter.

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Christine Avel

Autrice
Jeunesse, roman, nouvelle

Pour faire plus ample connaissance avec l'autrice, cliquez sur ce lien

christine avel

C’est un lycée tout neuf dans le centre de Lodève, coloré, avec de grandes baies vitrées – mais ouvert aux quatre vents, les architectes n’ont pas pensé à la tramontane c’est clair, on y gèle cet hiver, le froid s’infiltre par les fenêtres, quand il pleut on arrive trempé au CDI. Les CAP commerce sont là, une toute petite quinzaine qui m’attendent, autant de filles que de garçons à peu de choses près. À cette première séance, le petit groupe d’élèves collé au radiateur n’en bougera pour rien au monde et Fannie, leur professeure, gardera sa doudoune.
J’avais pour « Auteurs au lycée » une idée personnelle : partir de Virginia Woolf comme on nous y invitait, mais d’Orlando, jouer sur le genre du personnage. J’avais de premières pistes de propositions d’écriture consciencieusement couchées sur le papier. J’étais intervenue déjà en collège, à Marseille ou Vaulx-en-Velin, dans des quartiers pas franchement faciles, mais en lycée, jamais.
Je n’avais pas trouvé, dans l’été, de lycée motivé pour monter avec moi le projet – pas évident, quand on n’est pas dans l’éducation nationale, de démarcher les profs en plein congé estival. On me propose Lodève, leur projet n’a rien à voir avec le mien me dit-on, plutôt du slam, des thèmes qui plaisent aux élèves comme le foot, est-ce que je serais d’accord pour en discuter ?
Bon, je ne connais rien au foot. Au slam, pas beaucoup plus.
On verrait bien. On s’est appelées. Fannie et Flore, la responsable du CDI, au téléphone étaient chaleureuses, enthousiastes, prêtes à essayer, à s’adapter, à s’amuser. Après tout, moi aussi.
Nous avons défini ensemble une première ébauche timide de programme, reprenant des idées de l’une, de l’autre : on travaillerait sur les clichés de genre, mais on s’appuierait sur Danbé, le livre étudié par les élèves cette année, qu’ils verraient sous peu au théâtre de Perpignan. On miserait sur l’écrit mais sur l’oral aussi, on regarderait des vidéos de slam, une collègue fan de théâtre pourrait nous y aider.
Alors j’ai lu Danbé, que je ne connaissais pas, d’Aya Cissoko et Marie Desplechin : vraie découverte de lecture, formidable récit de la vie d’une boxeuse d’origine malienne, grandie dans les cités – tout sonne juste, les mots, l’histoire, c’est rare.
Nous avions en main un joli petit programme mais comme toujours, dès la première séance dans cette salle proche du CDI, tout est chamboulé. Les élèves sont comme tous les élèves, de bonne volonté et l’envie de bouger, de s’amuser, nous ne sommes pas trop de quatre – Sandrine nous a rejointes, quelle chance – pour maintenir l’attention de tous. Certains se lancent des piques, des blagues, le ton monte les rires fusent dans le groupe des filles, d’autres restent en retrait, qu’il faudra supplier de lire, le moment venu.
D’une fois sur l’autre nous modulons, adaptons, décidons de multiplier les ruptures de rythmes : une vidéo, un jeu d’écriture bref, des travaux de groupe, une présentation à l’oral d’un texte écrit… pour tenir l’attention du groupe, deux ou trois heures durant, pour les motiver, ne pas les perdre en route, il faut de la nouveauté, du changement, des surprises. Du concret, aussi, et de les voir concentrés sur leur feuille, dès le premier jeu d’écriture, nous soupirons, soulagées : ça marche.
Nous nous sommes résolues à nous éloigner du programme soigneusement soupesé, présenté dans la note d’intention – d’en respecter l’esprit plus que la lettre. Chaque séance se construit désormais à trois, en temps réel : les encadrantes, l’auteure et les élèves – et ils sont pour beaucoup dans l’évolution. Nous retenons ce qui marche (alterner vidéo, petits jeux d’écriture pour se lancer, travail en groupes), ce qui ne marche pas du tout, mais alors pas du tout (poser une question à tout le groupe, tenter de réveiller les élèves à 8h, tenter de les calmer à 17h). Nous improvisons, prenons des risques (construire un scénario), ravies quand cela marche, plus rarement nous loupons une étape. Certains se sont montrés étonnamment à l’aise dans l’écrit et l’invention, d’autres ont calé, certains n’avaient pas du tout, mais pas du tout envie de lire devant les autres, et pourtant ils l’ont fait.
Et ça a été tout le charme de l’exercice, l’imprévu d’un atelier à adapter en continu, au climat, à l’humeur du moment. Avec au final de très bons moments et surtout de beaux textes, lus ensemble à voix haute, franchement de quoi être fiers, pour les élèves et nous : et à la Comédie, le 19 mai, quand les comédiens les diront en public, sûr qu’on aura le sourire.

L'établissement

Lycée ployvalent Joseph Vallot

rue du Docteur Henri Mas

34 700

Lodève

Chef d'établissement

Mme Isabelle Mercier