Lycée Philippe Lamour
Écrire l'intime au féminin
Un mot
J'ai pu, tout au long de ces heures et de ces lignes partagées, échanger avec des jeunes à l'écoute, attentifs et motivés, dotés d'un bel humour, prêts à se dévoiler, à dire leur réalité, leurs ressentis.
Jacques-Olivier Durand
Jacques-Olivier Durand
Auteur
Bilan très positif sur tous les plans : la relation avec Jacques-Olivier Durand a été très facile et immédiate. Les élèves lui ont fait d’emblée confiance, il a su les entourer et les rassurer par des conseils avisés, bienveillants mais jamais directifs, les élèves se sont sentis libres de créer et se sont livrés avec une grande sincérité. Les relations au sein de la classe se sont soudées autour de ce projet, qui a fédéré le groupe et l’équipe pédagogique.
L'équipe enseignante
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Les sons de l'atelier
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Reportage

Les radios RAJE et Sommières en partenariat l’ARRA (l'Assemblée Régionale des Radios Associatives Occitanie / Pyrénées-Méditerranée) ont retrouvé les élèves du lycée Philippe Lamour de Nîmes et l’auteur Jacques Olivier Durand qui les a accompagnés toute l’année.

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Inédit

Michel lit Jacques Olivier Durand : « Cette transmission ne peut se vivre que comme un échange où chacun apprend de l’autre »

Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée Philippe Lamour
la ville
1 rue de l'Occitanie 30000 Nîmes
la classe
Première Littéraire 1 (16 ans)
les intervenants
L'auteur : Jacques-Olivier Durand | Isabelle Lacroix (enseignante Lettres et Théâtre)
le thème
Ecrire l'intime au féminin

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Lieux partagés


La salle

Comme tous les samedis, les mêmes passants la croisent sans la remarquer. Elle prend toujours le même bus, toujours le même jour, toujours la même ligne, pour s'arrêter toujours à la même station.
À quelques rues de là, une salle de concert, un sous-sol de bar. Le seul endroit où elle se sent bien. Il y fait une chaleur terrible mais ni étouffante, ni oppressante, une chaleur conviviale, une chaleur où, une fois la nuit tombée, les corps, à moitié nus, n'hésiteront pas à danser, à glisser les uns contre les autres, à se frotter à des inconnus qu'ils ne reverront jamais.
La salle est petite, la scène proche des spectateurs, rajoute à la proximité entre tous ces gens.
Il ne lui faut aucun effort pour sentir l'odeur de l'alcool, entendre le souffle court de musiciens, et celui de spectateurs qui s'appuient contre le mur un instant, pour capter un peu de fraîcheur et reposer leur corps épuisé.
Elle arrive toujours plus tôt, elle aime la manière dont la simple présence de ces murs autour d'elle lui donne immédiatement le sourire. Encore seule, elle aime se poster quelques instants sur la scène où elle aurait sa place. Un jour.

Puis elle se souvient.
Elle commence sa tâche, vérifie les éclairages, laisse divaguer son imagination, loin des mauvais souvenirs. En se tournant vers la scène, elle a l'impression d'y voir des gens. Ils chantent. Ils dansent. Ils jouent.
Ce qu'elle a écrit.
Cette salle est vraiment l'endroit où elle se sent le mieux mais aussi... celui où elle est la plus triste.
Un instant, elle voit la foule, la même qu'il y a dix ans.
Cette fois encore, au cœur de cette foule où tous glissaient inlassablement, comme aujourd'hui, les uns contre les autres, son corps a, à nouveau, lâché. Heureusement, la musique a pris le pas sur la douleur, elle ne s'est pas effondrée. Les corps, les cris, les chants, la musique à percer les tympans, l'ont toujours maintenue. Debout. En vie.
Ce soir encore, elle va pouvoir se projeter, vivre à travers ces hommes et ces femmes qui ont de son rêve fait leur métier.

Juliette Ainée

 

La scène

L'école primaire. Le spectacle de fin d'année. On nous propose un livre de notre choix. Je propose La Gloire de mon père de Marcel Pagnol. C'est lui que l'on retient. J’avais beaucoup aimé ce livre et rêvais d'en incarner un personnage.
Les rôles sont tirés au sort. Miracle ! Je tire le rôle de Marcel Pagnol lui-même.
Une grande partie de la fin de l'année est consacrée aux répétitions, sur la petite scène de la salle des fêtes du village.
Je sentais bien qu'on ne me faisait pas totalement confiance pour incarner ce rôle important, avec beaucoup de texte.
Mais j'étais très motivé.

Le soir de la représentation, j'avais une pression infinie, j'avais peur, peur d'oublier, peur d'être mauvais. Sans doute ce qu'on appelle le trac ?
Mais à l'instant de mon entrée en scène, la pression se relâche peu à peu et je peux jouer libéré, m'oublier et incarner le grand écrivain.
Sensation exceptionnelle. J’étais tombé amoureux du théâtre, je voulais revivre cette sensation encore et encore. Et si je devenais comédien ?
Sans doute était-il trop tôt pour affirmer qu'une vocation est née sur la scène de cette petite salle des fêtes de village mais ce qui est certain, c'est que ce soir‑là, dans la peau du prestigieux Marcel Pagnol, j'ai eu non seulement le sentiment d'être reconnu et peut-être même apprécié, mais surtout, j'ai été heureux, comme je l'avais rarement été.
Heureux et moi-même.

Corentin Germain

 

Le Théâtre

Le théâtre est un lieu où je peux enfin être moi, tout m'y semble extraordinaire, sans limites. Je me sens à ma place, comme si je n’étais faite que pour cela, que pour jouer, un jeu peut-être difficile ou épuisant mais magique. Lorsque je joue, mon cœur ne peut pas empêcher d’accélérer ses battements, je respire un grand coup et me voilà, je suis moi tout en jouant un autre. Je peux m’ouvrir aux autres sans craindre quoi que ce soit. Le théâtre me fait rêver, me permet de m’exprimer, de devenir celle que je veux devenir. Je m'y sens libre et puissante, je ne parle pas d’un théâtre en particulier mais de tous les théâtres. Ce n’est pas un lieu comme un autre, il m’inspire, me fait voyager. Quand j’entre dans un théâtre, que ce soit pour jouer ou pour voir une pièce, je me sens à ma place. Ce n’est pas un simple lieu, c’est mon échappatoire, je m’échappe de la réalité en devenant une autre personne ou en me plongeant dans un monde imaginaire. Pour moi, cet art est bien plus qu’une passion, c’est un rêve, un espoir, une vocation. J’espère passer ma vie sur scène, partager mon amour pour le théâtre, montrer que le théâtre est bien plus qu’un art, bien plus qu’une passion, le théâtre est une vie à lui‑même. Ce lieu est un espace créatif dont on peut faire ce que l’on désire, on peut imaginer une montagne glaciale ou une île à la chaleur intenable, en passant par tous les espaces existant sur cette planète et même sur d’autres. On peut imaginer un monde réaliste comme un monde totalement imaginaire. Le théâtre possède sa propre âme, c’est un lieu hors du temps, il peut t’amener dans le futur, dans le présent, dans le passé, il peut te parler de chose réelles ou imaginaires. Le théâtre peut devenir un endroit utopique ou un endroit anarchique selon ce que tu désires jouer. Rien n’est plus fort que le théâtre, tout peut s’y jouer, comme rien ne peut s’y jouer car l’art du théâtre est plus qu’un jeu, on devient celui qui vit dans ce monde, ce monde choisi. Cet aspect du théâtre nous pose la question : qui du personnage ou de nous joue un rôle ?... La réponse est simple, nous jouons un rôle, toujours. Les lumières des projecteurs sont comparables à la lumière du soleil, la scène est comparable à la terre, le tout est ma planète, mon univers. L’univers du théâtre est comparable à l’univers galactique mais au lieu d’être froid, sans lumière, sans oxygène, le théâtre est chaleureux, lumineux, le théâtre est un oxygène, mon oxygène, il m’est vital. Avant le début du spectacle, le stress monte, il donne de la puissance au jeu, puis le spectacle commence, et plus rien ne compte d’autre que la scène.
La pièce devient le réel.

Eve Gosselin

 

La maison d'Italie

C'est un rituel.
Tous les 16 juin, nous partons, en famille, en Italie, retrouver Mami.
J'aime beaucoup Mami mais j'aime encore plus l'Italie.
Mami habite Incesa Scappaccino, un beau petit village perdu dans les montagnes.
Qu'il est beau ce village !
Chaque matin lorsque je sors sur le seuil de la maison, c'est la même odeur de lavande qui emplit l'atmosphère, toujours les mêmes roses rouges, les même buissons sur le côté de la maison, le cliquetis de l'eau qui s'écoule de la fontaine, et l'ombre du grand oranger dont les feuilles s'écroulent une à une...
Je respire l'air frais, pendant que Mami me prépare une tasse de thé à la menthe.
Je prends alors le temps de contempler le ciel, les nuages, les arbres en pensant à Papi. Et mes pensées se couvrent de couleurs.
Papi aimait dessiner, il dessinait souvent Mami, son amour de toujours, ou maman et même moi, il dessinait aussi des paysages, des choses abstraites, il dessinait ce qu'il voyait, mais aussi ce qu'il ressentait.
Quand je vois ses dessins, j'éprouve une force que personne ne peut imaginer.
Alors chaque année, chaque jour, je dessine ce que je vois, ce que je ressens, moi aussi.
J'essaie de ressembler à l'artiste qu'était Papi, mais, plus que tout, je ressens et apprécie le plaisir de peindre dans cette petite maison italienne.

Nesrine Dilmi

 

La cabane

Il ne manque jamais une occasion de s'y rendre, sa mère et sa sœur l'accompagnent toujours.
La veille de son départ, il ne dort pas et cela, tous les ans depuis ses 5 ans.
Pourquoi ses 5 ans ? Vous le saurez plus tard...
Il est si excité qu'il passe la nuit à faire et refaire sa valise pour être sûr de ne rien oublier.
Une fois arrivés à bon port, sa mère défait les bagages, mais lui ne l'aide pas, il a toujours le même rituel : il fonce dans le jardin, déterre la clef et ouvre la porte en bois grinçante.
Et là, une merveille s'offre à lui : le portrait de son père semble être imprimé sur les murs de cette cabane.
Dans cet atelier sont exposés tous les tableaux de son père, et lui‑même prend son inspiration dans cette pièce.
Les couleurs, les formes, tout semble nouveau chaque année.
La poussière sur les tableaux est comme figée pour garder précieusement les souvenirs.

Il rêve d'avoir le parcours et la carrière de son père, décédé alors qu'il était enfant, et dont le talent était reconnu.

Dans cette cabane, tout semble reprendre vie.
Il passe des heures à observer les œuvres, jusqu'à en connaître les moindres détails.
Dans cette pièce, l’âme de son père erre encore, l'odeur des pinceaux ne disparaît jamais. Son père semble être à ses côtés comme pour l'encourager.
Chaque année, il dépoussière un tableau et l'accroche dans le couloir de la grande maison, pour faire vivre son père dans toutes les pièces.
Il dit même que, dans la nuit, son père lui chuchote à l'oreille qu'il deviendra un grand artiste.

Maessa Kilouli

 

La tombe

Autour de moi tout le monde s’active à la tâche donnée, tout le monde sauf moi. L’esprit vide et la vision brouillée de larmes, je ne sais plus très bien ce qui se passe. Sans lui, je suis perdue, sans lui je suis vide, vide de sens. Je m'accroche et survis dans ce monde d'ombre et de lumière. Le malheur et l'ombre ont assombri ma vie, parfois, je goûte à nouveau à ce bonheur traversé de lumière. Ce goût du rire partagé avec des amis, celui des baisers échangés avec un homme dont le cœur bat pour moi. Eux me redonnent ce goût si savoureux qui redevient manque lorsque les souvenirs ressurgissent et que son visage apparaît. Je ne l'oublie pas, j'avance malgré tout, il reste présent dans ma chair. Je sais où le trouver, alors je marche ou plutôt je fonce sans regarder autour de moi. J'arrive près de cette pierre qui accueille son repos. Ce marbre gris et froid gravé de son image qui suspend le temps et fixe le vide. Je lui parle et me confie, je lui dévoile mon âme et me libère de toutes mes chaînes. J'effleure cette pierre tombale avant de m'effondrer, je me livre et enchaîne les mots, les cris et les sanglots qui étouffent le bruit dans ma gorge, les larmes coulent toujours le long de mes joues et lorsque j’établis un contact avec lui à travers la pierre, je sens que sa peau et la chaleur qui s'en échappait a disparu, figée dans le cimetière où demeure mon père.

Fanny Morer

 

L'arrêt de bus

Cette sensation. Après tout ce qui s'est passé entre nous, je ne peux pas l'oublier. Je ne m'y attendais pas. On avait passé un après-midi banal avec nos amis. Il fallait bien se dire au revoir et rentrer chez soi.

À 17h40, les départs se succèdent. À 17h50, nous sommes seuls, ma meilleure amie et moi.
Je lui propose de l'accompagner jusqu'à son arrêt. Je voulais le faire et je savais qu'à ce moment précis, elle allait me le demander également. Je l'ai donc l'emmenée à son point de départ.

Nous y sommes. Je me pose contre une barrière. C'est là, que tout à coup, je me retrouve enlacé. Je regarde à gauche les personnes qui attendent leur car, elles aussi, une personne âgée et de jeunes femmes.
Elles nous ont sans doute trouvés mignons, leurs réactions le disaient. J'ai alors profité de l'instant présent et je l'ai prise dans mes bras à mon tour. Elle a été surprise. « Lâche-moi. »
Son bus arrive, elle s'en va d'un air triste.
Je me retrouve seul et attends que l'on vienne me chercher...
Instant fugace, apparemment insignifiant mais instant magique, dans ce lieu si souvent impersonnel et anonyme : un arrêt de bus.

Raphaël Mascarelle

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Jacques-Olivier Durand

Auteur
Roman, nouvelle

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jacques olivier durand

Chère Virginia Woolf,
Il y a longtemps que je n'avais pas eu de vos nouvelles, puis voilà que, coup sur coup, vous vous rappelez à mon bon souvenir. D'abord avec l'hasardeuse opportunité de revoir le magnifique film qui vous est en partie consacré The hours.
Et puis, comme une plume tombée de la branche, il y a ce projet autour et à partir, de votre livre Une chambre à soi où vous nous rappelez combien les femmes sont restées longtemps sous la dépendance masculine, et n'ont pu affirmer librement leur génie créateur.
La lecture ou la relecture de quelques autres ouvrages préparatoires, en écho avec votre propos, ont confirmé combien cette insupportable dépendance (matérielle, affective, spirituelle…) que vous dénoncez dans votre pamphlet, a été subie par de nombreuses femmes artistes jusqu'à très récemment encore.
Je pense à Charlotte de David Foenkinos, consacré à la vie de Charlotte Salomon, à Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq qui retrace le douloureux parcours de vie de Paula M. Becker, mais aussi à La femme rompue de Simone de Beauvoir ou à L'amour et les forêts d'Eric Reinhardt…
C'est d'abord sur les traces, non pas d'une femme artiste, mais d'une modeste paysanne du Bugey que leur professeur a entraîné les jeunes élèves du lycée Philippe Lamour de Nîmes : la mère de l'écrivain Charles Juliet, telle qu'il l'évoque dans son magnifique livre, Lambeaux.
À travers le destin tragique de cette femme, Charles Juliet a voulu donner la parole à ces êtres et particulièrement ces femmes « bâillonnées, exilées des mots, qui n'ont jamais pu parler parce qu'elles n'ont jamais été écoutées ».
Les élèves ont imaginé ce que cette femme, meurtrie et silencieuse, oubliée et torturée, pouvait éprouver, ressentir et écrire à elle-même, à ses enfants, à son professeur, à son amoureux, dans les seuls recoins où l'expression de ses émotions, ses tentatives vers l'écriture, lui étaient possibles, son journal intime et sa correspondance.
On a ensuite, ensemble, forcé quelques serrures, franchi les portes de lieux de l'intime, refuges de non-dits, jardins secrets où étaient enfouis des douleurs cachées, des larmes retenues, des dialogues impossibles, des corps blessés, des amours inachevées mais on a aussi entr'ouvert de précieux coffrets, emplis de promesses et d'espoirs insoupçonnés, d'écrits inédits : des chambres évidemment, mais aussi une grotte, une salle de concert, une maison de vacances, les rues d'une ville, le ventre d'une mère, les allées d'un cimetière, un parc public à Heidelberg, une salle de bain, la clairière d'une forêt…
Finalement, peu de lieux à soi qui soient les refuges d' une expression artistique dissimulée, comme si pour ces jeunes l'acte créateur n'avait plus besoin de se cacher pour exister, comme s'ils ne craignaient pas de l'afficher, qu'ils soient filles ou garçons, musiciens ou plasticiennes. Peut-être aussi parce que les expressions artistiques sont, pour eux, plus souvent collectives qu'individuelles. Peut-être encore, parce que les révéler restait trop difficile, même avec l'entremise fraternelle de la fiction ?
Ils se sont enfin confrontés au couple masculin/féminin pour constater que si la situation s'est heureusement améliorée pour les femmes artistes d'aujourd'hui, rien n'est encore gagné pour elles dans de nombreux domaines, que le sexisme n'a pas rendu les armes (profil de carrières, inégalités salariales, dépendance financière, harcèlements et maltraitances…) et qu'on assiste même à de dangereux retours en arrière (droit à l'avortement, burkini…). Pour ne parler que de notre continent.
Bref, le combat que vous avez engagé, chère Virginia, n'est pas encore totalement gagné, un siècle après. Cependant, c'est le plus souvent sur d'autres terreaux qu'ils ont semé leurs écrits, soulignant moins l'opposition que la dualité ou la complémentarité, parfois même la confusion entre elle et lui, fustigeant quelques stéréotypes tenaces, mais surtout en jouant sur les effets de miroirs, sur de possibles convergences au-delà des apparences : « Sans elle, pas de il… Ses ailes, son île ».
Au cours de nos rencontres – c'est bien le mot –, j'ai eu la chance de pouvoir m'appuyer sur la juste complicité d'une professeure de lettres, comme tant d'élèves aimeraient en avoir, ouverte au monde et à tous les arts, stimulant sans cesse l'envie de découvrir, de lire, d'aller au théâtre, du fureter dans les expos… À l'initiative de cette rencontre avec vous, elle en a été l'âme et la cheville ouvrière.
J'ai pu, tout au long de ces heures et de ces lignes partagées, échanger avec des jeunes à l'écoute, attentifs et motivés, dotés d'un bel humour, prêts à se dévoiler, à dire leur réalité, leurs ressentis, à imaginer des intermédiaires fictionnels porteurs de leurs préoccupations et de leurs interrogations. J'ai aussi découvert de très belles et prometteuses écritures.
Le projet « une chambre à soi : à elle, à lui » qui nous rassemble, vous, Madame, eux, leur professeure et moi, est aussi une opportunité pour nous interroger sur la transmission sans laquelle l'art et la culture resteraient souvent feuilles mortes.
La transmission ne peut rester affaire de spécialistes ; elle n'a d'intérêt que si elle se fait dans les deux sens, entre les générations, entre les vivants, entre les morts et ceux qui désirent naître, entre ceux qui croient savoir et ceux qui veulent découvrir. Elle redessine nos rapports, redonne à chacun une place, interchangeable, tantôt donnant, tantôt recevant.
Cette transmission ne peut se vivre que comme un échange où chacun apprend de l'autre. Car même si l'espace public nous rend trop souvent anonymes, n'oublions jamais que nous sommes en tous lieux, intimes ou publics, des « êtres avec les autres », au-delà de nos solitudes, de nos certitudes, de nos inaptitudes. C'est cette évidence que nous ont rappelée ces jeunes au cours de ces rencontres, même fragmentées, jouant le jeu sans sur-jouer, révélant sans s'étaler, proposant sans opposer, écrivant sans se prendre pour des écrivains.
Il est des lieux privilégiés où l'« être ensemble », comme on dit aujourd'hui, où le « nous qui est déjà en nous », s'impose comme une évidence.
Ainsi sont les théâtres où le public « ici, présent » n'est pas un simple rassemblement d'individus mais une confrérie éphémère, une fraternité d'amateurs passionnés (n'est-ce pas un pléonasme ?), une communauté d'individus qu'on appelle spectateurs, venus goûter et partager ensemble le même moment, réunis par une parole, une histoire, des comédiens et sans qui ledit spectacle ne serait pas vivant.
Ainsi en est-il aussi de la classe, ce lieu « commun » où chacun est lui-même mais « avec les autres », où chacun ne peut être lui sans ces autres. Ne soyons ni aveugles ni naïfs, je veux parler ici de la classe quand elle est vécue comme lors de ces rencontres d'écriture où chacun a pu apporter son talent, laisser entrevoir son histoire, suggérer son imaginaire, dans l'échange avec les autres qui sont cette partie constitutive de nous-mêmes, comme d'étranges petites voix intérieures qui résonnent en chacun de nous.
Je ne peux qu'être heureux d'avoir été là, d'avoir pu partager ces instants riches et simples avec ces jeunes filles et ces jeunes hommes et leur professeure, grâce à vous, chère Virginia Woolf.
Nous aurons bientôt le privilège de nous et de vous retrouver, acteurs et public, auteurs et spectateurs, au théâtre justement, pour assister à la mise en voix et en espace de quelques-uns de ces textes.
Car figurez-vous, qu'outre leur « chambre à soi », ces jeunes ont leur « lieu à eux », et ce lieu, c'est le théâtre !…
Comme nous aurions aimé que vous fussiez-là, avec nous !

L'établissement

Lycée Philippe Lamour

1 rue de l'Occitanie

30 000

Nîmes

Chef d'établissement

M. Jean-François Raynal