Lycée Charles Renouvier
Mater/Etre maté. Regarder et dominer...
Un mot
Les premières séances ont été agréables et fécondes. La première, celle de la rencontre et de la présentation, se déroule dans une atmosphère détendue.
Laurence Schaack
Laurence Schaack
autrice
Des documents diversifiés et des lectures ont été présentés tout au long du projet.
L'équipe enseignante
L'équipe enseignante
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Reportage

Radio Vallespir en partenariat l’ARRA (l'Assemblée Régionale des Radios Associatives Occitanie / Pyrénées-Méditerranée) a recueilli les sentiments des élèves du lycée Charles Renouvier de Prades et de l’autrice Laurence Schaack sur l’aventure littéraire vécue cette année.

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Inédit

Catherine Rochette lit Laurence Schaack :
« Traquer les clichés, faire des bulles avec ! ».

Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée Charles Renouvier
la ville
route Collar 66500 Prades
la classe
Terminale Bac pro Gestion et Administration
les intervenants
L'autrice : Laurence Schaack | L'équipe enseignante : Sylvain Vanderberghe (enseignant de lettres et histoire), Catherine Saulnier (documentaliste), Dominique Jousseaume (enseignant gestion - administration)
le thème
Mater/Etre maté. Regarder et dominer...

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Mater/ Être maté

 

Quand je serai grande, je serai rien, je serai morte, je serai coiffeuse, je serai licorne ou vieux chewing-gum
Je serai vieille, je serai belle à crever, je serai grande comme la tour Eiffel, je serai princesse, je serai épave, je serai déesse et clown, je serai à la hauteur
Je serai moins que rien, mais je serai mieux que toi, je serai éternelle, immortelle, je serai toi, quelqu'un d'autre, je serai au milieu du cercle,
Je serai miroir
Je serai vide, heureuse dans le vide où je serai pleine, mais de quoi ?
Je sais pas.

Joannie Rosand

 

Il paraît que les hommes viennent de gagner
Il paraît que les femmes en ont rigolé.
Il paraît que les hommes ont triché
Il paraît que les femmes les ont dénoncés
Il paraît que les hommes ont avoué
Il paraît que les femmes ont repris le dessus
Il paraît que les hommes se croient au-delà
Il paraît que les femmes viennent de l'au-delà
Il paraît que les hommes viennent de Mars
Il paraît que les femmes reviennent de loin
Il paraît que les hommes ne sont jamais bien loin
Il paraît que les femmes font au mieux
Il paraît que les hommes sont au mieux
Il paraît que les femmes imaginent l'avenir
Il paraît que les hommes ont réalisé le pire
Il paraît que les femmes donnent la vie
Il paraît que les hommes ne l'ont pas encore compris.

Luzinda Sanchez et Camille Gavagnach

 

Tu es malheureuse.
Tu es enceinte et tu fais comme si tu étais heureuse.
Tu t'évites dans le miroir trop petit. Et derrière toi, quelqu'un d'autre fait la même chose.
Tu m'envoies ta gaufre pleine de Nutella et tu dis que tu es maxi-contente de goûter.
Tu dis que tu ne penses plus qu'à manger et que ce n'est pas étonnant que tu aies un gros ventre.
Tu es là, à vouloir regarder un film d'horreur, alors que lui, il est mort de peur
Tu te moques de lui en allant chercher des gâteaux, et lui il te regarde et il râle.
Tu le rassures, tu t'assois à côté de lui, tu lui parles, tu essayes de le faire rire.
Tu te prends nue sous tous les angles et tu envoies les photos à de parfaits inconnus.
Tu t'habilles avec des mini-jupes, des décolletés, tu sors en boîte et tu te trémousses et tu te frottes à ces mêmes inconnus.
Tu fais des jeux de regards insistants et tu te touches beaucoup les cheveux.
Tu es malheureuse.

Laora Respaut et Joannie Rosand

 

Tu fais des selfies provocants pour être le centre du monde car à la maison, dans ta propre famille, personne ne te regarde.
Tu ne veux pas juste plaire, tu veux aguicher pour te sentir vivante car dans la vie de tous les jours tu te vois comme une plante verte.
Tu donnes juste cette impression, mais dans la vie réelle, tu es une fille simple, sans être superficielle.
Tu parles avec un langage familier parce que tu ne veux pas être ce que tu es, une fille gentille avec des valeurs.
Tu collectionne les garçons et tu le sais bien que c'est pour combler le manque d'amour de ton père, l'amour d'un véritable homme, cet homme qui est si important pour toi, l'homme de ta vie, comme tu disais quand tu étais petite. Mais qu'est-ce que tu peux y faire ?
Tu ne ressembles à rien devant ton miroir, à ce qu'on te dit, mais au fond de toi, tu es une reine et tu te répètes que la beauté intérieure est bien plus importante que la beauté extérieure.
Tu es une grande blonde aux yeux bleus et, petite, on te surnommait la princesse et maintenant tu te sens bien seule sans tous ces compliments.

Cindel Laurent

 

Tu es à la plage avec tes amies et un groupe de jeunes garçons vous regarde comme si vous étiez des morceaux de viande. Tes amies rient et les insultent, toi aussi, mais je vois bien que tu as envie de hurler.
Tu es sur le quai du train et un homme plus âgé te dévisage avec insistance et tu fais comme de rien n'était mais je vois bien que tu as peur.
Tu es sur le point de traverser la route, une voiture ralentit et s'arrête, un garçon te mate et tu te sens persécutée comme violée par son regard. Je vois que tu es sur le point de traverser la route et j'aperçois tout comme toi la voiture qui s'arrête. Tu passes en le remerciant et moi je remarque qu'il ne démarre pas tant qu'il n'a plus un œil sur tes jolies fesses.
Tu prends le métro pour rentrer chez toi, tu te diriges vers la sortie et tu aperçois une bande assise en haut des escaliers. Tu te prépares au pire, tu baisses les yeux, tu ajustes tes fringues pour ne pas t'exposer à eux. Tu avances, tu essayes de faire au plus vite, jusqu'au moment où ils se mettent à te fixer jusqu'à ce que tu te sentes sale et ils te sifflent. L'un d'entre eux s'approche et te colle et te pousse et t'insulte comme si tu étais sa chienne. Tu vois tout ça et je ne peux rien faire pour toi.

Olivia Carrere, Camille Gavagnach, Claire Marc

 

Il paraît qu'être une femme, ça fait mal.
Il paraît qu'un homme doit être un mâle.
Il paraît qu'une femme doit être fatale
Il paraît qu'un homme c'est brutal.
Il paraît qu'une femme c'est narvali
Il paraît qu'un homme c'est narvalo.
Il paraît qu'une femme a besoin de caresses
Il paraît qu'un homme a le droit de lâcher des caisses
Il paraît qu'une femme doit être aimée comme une princesse
Il paraît qu'un homme aime mettre la main aux fesses.

Texte collectif

 


Tu es chez toi, tu regardes par la fenêtre, par hasard un jeune homme passe et te regarde. Il baisse les yeux, et te jette un dernier regard avant de dépasser la maison. Tu aimerais le revoir.
Tu es à la plage avec tes collègues, tu fais un foot pour te détendre pendant qu'un groupe de chagasses en maillot de bain te regardent en rigolant. Tu te dis que jamais tu ne pourrais aimer une fille comme ça.
Tu es en train de marcher, toute seule, tu traverses une cité pour rentrer chez toi. Un groupe de mecs fume et tu ne peux faire autrement que passer à côté d'eux. Ils te regardent de haut en bas, te chambrent, mais tu continues à avancer comme si tu ne les entendais pas. Et tu te demandes pourquoi ils ont besoin de te traiter de pute.
Tu te ballades en ville, tu te sens heureux, tu passes à Monoprix pour acheter des chips. Arrivé à la caisse, la caissière te lance un regard que tu acceptes avec un sourire. Tu la dévores des yeux, elle te plaît, et puis tu te rends compte qu'à son annulaire gauche, une bague brille. Tu prends tes chips et tu t'arraches.

Channel Villetet

 

Je te regarde et je me dis que je devrais t'aider à te relever.
Tu me regardes et tu as envie de m'aider. Mais je n'ai pas besoin d'aide.
Tu me regardes et je vois que tu es dans un sale état.
Je te regarde et je me dis que tu te prends pour une infirmière.
Tu me regardes et je sais que tes blessures ne sont pas qu'extérieures
Tu me regardes et j'ai envie de te connaître.
Je te regarde et je me dis que tu as l'air aussi triste et seul que moi.
Tu me regardes et j'ai l'impression que tu veux me connaître.
Tu me regardes et tu me dis que tu n'en as rien à foutre de moi.
Je te regarde et je me dis que je voudrais tout connaître de ton passé.

Laura Benkhelifa, Lucas Camacho

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Laurence Schaack

Autrice
Jeunesse

Pour faire plus ample connaissance avec l'autrice, cliquez sur ce lien

laurence schaack

Bien des bonnes fées se sont penchées sur cet atelier : une classe peu nombreuse (13 élèves), des grands de Terminale (enfin surtout des grandes car il n'y a que deux garçons) un enseignant ouvert et investi, un grand CDI à notre disposition et une thématique très excitante. Le nombre de séances a été un peu augmenté parce qu'il nous était impossible de dégager trois heures consécutives. Mais des séances de deux heures, dans bien des cas, sont beaucoup mieux supportées. Trois heures, c'est long…
Les premières séances ont été agréables et fécondes. La première, celle de la rencontre et de la présentation, se déroule dans une atmosphère détendue. Les élèves sont attentifs jusqu'au bout même si certains s'inquiètent de la suite : « elle ne va pas parler comme ça pendant des heures à chaque fois ? » demandent-ils à leur professeur.
Les deux séances suivantes, avec de fortes contraintes d'écriture, sont orientées vers des productions brèves, collectives et très formatées. Les « feuilles qui tournent » et autres cadavres plus ou moins exquis, formes légères et amusantes plaisent jusqu'à devenir par la suite une réclamation quasiment systématique : « on peut écrire à deux, à trois…? »
Dans les séances suivantes, ce besoin de collectif étant devenu une antienne, on va alors toucher les limites de l'écriture à plusieurs mains. Bien sûr, d'un côté, elle stimule les échanges et les idées, permet de lever les inhibitions autant vis-à-vis de sa propre écriture que de la lecture (il est difficile de refuser de lire un texte qu'on a écrit à plusieurs). Bien sûr, elle permet de relancer l'inspiration pour ceux qui se déconcentrent facilement.
Mais, pour ce groupe en tout cas, l'exigence d'écriture collective signale aussi une difficulté à exprimer un point de vue propre, à aller puiser en soi des ressources biographiques ou imaginaires, à exposer ne serait-ce que quelques mots d'une vision personnelle, à penser sans le groupe. Et surtout, pour la plupart d'entre eux une intense difficulté à se concentrer dans une solitude et un silence même brefs.
Le texte source de Virginia Woolf et les thèmes qu'il aborde soulèvent peu d'intérêt. Pas plus que les revendications féministes propres au contexte (le début du 20ème siècle) qui semblent appartenir à un monde révolu. Pourtant, des remarques très genrées ou des jugements de valeur négatifs surgissent dans le discours des élèves, et nous engageons alors une réflexion sur les clichés en lien avec notre angle : « Mater/Etre maté ». L'écriture permet alors la distance, l'humour et on se désengage doucement de l'empreinte du stéréotype.
Au fil des séances, les effectifs dans cette classe varient entre 5 et 10. Certains élèves ont assisté à un ou deux ateliers. Le petit nombre de participants présente l'avantage de nous permettre de travailler presque en individuel sur la réécriture de certains textes, mais dans cette configuration, la dynamique est parfois poussive. Le gros du groupe se maintient à la surface, sans réelle implication, deux élèves n'écriront rien, et deux élèves, bien que régulièrement absentes, manifesteront du plaisir et de l'intérêt à leur production personnelle.

L'établissement

Lycée Charles Renouvier

route Callar

66 500

Prades

Chef d'établissement

M. Baye Sek