Lycée Beauséjour
Une chambre, des chambres
Un mot
On se rend compte qu'on n'a pas compris un truc. Que dans leur cas, ce qui freinait l'écriture, ce qui brouillait la concentration, ce n'était pas la peur d'écrire, de produire, le manque d'imagination. Ce qui les empêchait, c'était le papier. La feuille. Incroyable. Libérés de la feuille et du stylo, ils produisent avec rapidité des textes extraordinaires.
Florence Aubry
Florence Aubry
autrice
Les élèves ont pris du plaisir à écrire… Les professeurs ont vu les élèves s’investir et travailler autrement.
L'équipe enseignante
Les sons de l'atelier
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Reportage

La radio FM+ en partenariat avec l’ARRA (l'Assemblée Régionale des Radios Associatives Occitanie / Pyrénées-Méditerranée) est allée interviewer l’autrice Florence Aubry et les élèves du lycée Beauséjour de Narbonne afin de recueillir leurs sentiments sur ce travail d’écriture.

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Inédit

Béatrice Malige lit Florence Aubry : « Se mettre dans la peau de celui qui n’a pas de chambre à lui, de celui qui n’habite nulle part ».

Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée Beauséjour
la ville
2 rue Girard 11100 Narbonne
la classe
Secondes professionnelles (Seconde GA, SPVL, ASSP)
les intervenants
L'autrice : Florence Aubry | Bénédicte Langlois (enseignante documentaliste), Emile Geromin (enseignant de la Seconde G.A), Guylaine et Béatrice Libert (enseignantes des Secondes ASSP), Marc Panzani (enseignant de la Seconde SPVL)
le thème
Une chambre, des chambres !

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La chambre morte

Un jour, nous étions invités au mariage du cousin de mon beau-père qui s'appelle Frantz. Quand nous sommes arrivés, nous avons échangé quelques bonjours avec tous les autres invités. Vers 8h, nous avons rejoint l'hôtel pour poser les affaires dans les chambres.
Je suis avec ma sœur Mélodie et ma cousine Naomi, il y a un lit superposé et un lit deux places. La chambre se situe à droite des escaliers. Nous repartons pour manger avec les mariés et les autres invités.
Nous mangeons et discutons avec les personnes que nous connaissons comme Frédéric le frère de Frantz. Arrive le plat, nous le dégustons puis on passe aux fromages donc à l'avant-dessert. Puis le dessert arrive, c'était une pièce montée avec des choux au chocolat. Il y avait aussi des éclairs au chocolat, j'en ai mangé plusieurs. Puis, vers minuit, Fréderic me dit que l'hôtel où nous dormons a été abandonné depuis des années, qu'il a été racheté par des personnes âgées de soixante ans...
« Il se fait assez tard, mes enfants », ma mère décide de rentrer à l'hôtel. Je commence à psychoter car la chambre où je dors ne m'inspire pas confiance du tout. Naomi dort en haut du lit superposé, moi en bas et Mélodie dans le lit à deux places et en face de ce lit se trouve un tableau de 70 centimètres sur 50 centimètres en largeur, il est très bien posé, il est droit. Puis juste à côté, se trouve la salle de bain, il y a une poubelle en plastique. En plein milieu de la nuit, Mélodie pend sa robe blanche sur la penderie. Naomi me dit qu'il y a une silhouette dans la robe. Avec Naomi nous n'arrivons pas à dormir lorsqu'il est trois heures du matin. Nous commençons à nous demander ce qu'il se passe, les bruits qui nous entourent nous font ressentir une ambiance angoissante et presque effrayante.
Un seul bruit, même un simple petit bruit nous perturbe et nous terrifie. Il nous terrifie tellement que l'on en a mal au ventre comme si l'on nous broyait l'estomac. La peur est tellement élevée que l'on en est paralysé de la tête aux pieds. Nous sentons même plus nos pieds, ni nos doigts et encore moins nos jambes et nos bras. Un courant d'air froid presque glacial nous passe pardessus le corps... alors que toutes les fenêtres de la chambre étaient fermées et que le chauffage était allumé à fond. Cela nous a complètement terrorisées.
Nous nous regardons en nous demandant ce que l'on allait pouvoir faire...
Nous nous levons chacune à notre tour pour regarder dans les escaliers, pour savoir si quelqu'un monte à l'étage et comme par hasard il n'y a personne ! Au bout de quatre tours, nous commençons à se dire qu'on est folles. Et hop le bruit revient comme par magie ! Et pourtant tout le monde dort dans l'hôtel. Ce n'est qu'au petit matin, que le concierge de l'hôtel nous apprend qu'il y a eu des morts et des suicides aux alentours de la chambre où l'on couchait...

Alizée Restagno

Ce matin, j’avais la flemme de me lever pour faire mon sport habituel car j’étais parti en soirée… J’étais très fatigué mais je me force… Il faut que je poursuive mon régime. Le temps est pluvieux, il fait froid.
Tous les matins, je vois cette maison abandonnée où personne n’habite. Personne n’y rend visite à personne. Je me suis dit… Et si j’allais voir !
Elle est à moitié intacte … à moitié brûlée. Cela me paraît louche.
Je n’ai jamais entendu l’histoire de cette maison et cela m’intrigue…
En plus, avec toutes ces intempéries, ce vent, cette pluie et les inondations de l’année dernière… pourquoi le côté de la maison est toujours INTACT.
Je me dis qu’il y a un mystère. Je me dis qu’il me faut résoudre ce mystère la nuit.

Je rentre dans cette chambre qui me donne la chair de poule, où je ressens l’air frais qui me donne des frissons. Le sol craque sous mes pieds. Les fenêtres sont détruites en plus de mille morceaux, les murs sont moisis, certains sont même à moitié détruits. Je panique, plus j’avance dans la chambre. Je stresse en regardant cette porte se claquer devant mes yeux. Les meubles sont réduits en cendres. Dans un coin de cette chambre, un meuble, intact. Je ne comprends pas pourquoi. Je me dis, c’est peut-être un sdf qui s’est réfugié qui s’est caché là. Il s’est peut-être mis à l’abri des intempéries… ou d’un cadavre ! Je stresse. Je m’approche, je m’arrête devant… j’ai peur ! Je décide de continuer à visiter cette chambre qui raconte plusieurs histoires en même temps : un incendie, des vols,…
Quand je suis dans cette chambre, tous mes poils s’hérissent… Je tremble, il fait froid… J’entends les sifflements du vent. J’ai peur. Je m’aperçois qu’il fera bientôt jour, il faut que je voie ce qui se cache derrière ce meuble. Je m’approche, j’ouvre la porte et là, une lumière éblouissante me tape à l’œil. Je me questionne mais qu’est-ce que c’est… Je me rassure en me disant quand il faut y aller il faut y aller ! Je rentre… Et là, une chambre féérique, magique… J’étais bouche-bée. Tout est neuf. Une chambre extraordinaire, une chambre d’une personne richissime. Un lit magnifique, je regarde par une fenêtre, le jour commence à se lever. Je me couche sur le lit, je m’endors, me réveille dans ma chambre… Mais je vais être en retard au lycée !

Berdadi Lofti

Cette chambre étrange

Je rentre dans la chambre d’une maison abandonnée… Elle avait l’air hantée. Dans cette chambre, il y a des éclats de verre sur le sol. Il faisait très froid, cette pièce était sinistre, très sinistre. Les murs étaient dans un état pitoyable. Les placards littéralement détruits. Tous les débris étaient étalés sur le sol mêlés aux morceaux de carreaux des fenêtres… Tout semblait avoir explosé, par la force… la violence du choc… C’était comme si une fusillade avait ravagé cette maison.
Tout d’un coup, un homme avec une grande veste noire et une capuche sort d’un placard.
J’ai juste le temps de voir un grand trou au fond… le type m’assomme. Après plusieurs heures, je me réveille. Je suis sur un lit, les mains attachées, je commence à stresser. La chambre dans laquelle je suis installé est très luxueuse avec une télévision 3D et plein d’autres choses que même le président n’a pas chez lui.
« Qu’est-ce que tu fais dans cette maison ? » me dit le type !
Je n’arrive pas à répondre. Je suis tellement effrayé en regardant son visage car il est plein de cicatrices et de brûlures. Il m’offre un verre de lait et m’explique que cet espace est sa maison. Il doit se cacher, un narco-trafiquant le recherche pour le tuer. Je lui explique mon histoire. Mon père m’a viré de chez moi car je ne l’aidais plus à payer le loyer. De ce fait, j’étais à la recherche d’une maison pour pouvoir dormir et m’abriter. Nous parlions sans nous apercevoir que la nuit était tombée. Il me proposa de m’héberger en contrepartie je devais l’aider à s’échapper, à fuir ses ennemis. Il voulait que je fasse semblant de le tuer comme cela il pourrait changer d’identité et être tranquille. Grâce à moi, après 15 ans dans les ténèbres, il pourrait enfin sortir de cette chambre bizarre. Mon choix était difficile. Si la police apprenait que je l’avais aidé, elle pourrait m’arrêter et me mettre en prison.
Mais en voyant l’état de cette maison, enfin de cette chambre… j’ai dit oui ! Je suis donc allé voir mon cousin qui est docteur. Il m’a donné un produit qui fait croire au médecin légiste à une mort naturelle. Après l’enterrement, je peux aller lui injecter un nouveau produit, le ramener à la vie et le ramener ici… Et tout est bien qui finirait bien… Et c’est ce que l’on a fait. Aujourd’hui il a retrouvé un nom, une tranquillité, un travail… il m’héberge en attendant que moi, je retrouve du travail !

Anthony Traore

Chambre 666

Ça s'est passé pendant une nuit d'été. La nuit du 14 juillet 2008, dans un hôtel. Toute une famille a disparu, comme ça, envolée. Deux filles et leurs parents. Ils étaient venus passer là une nuit en famille. Une étape, juste, parce que leur destination finale, c'était New York. Mais avant ça, il leur fallait traverser le désert. Il était près de 23 heures quand la famille atterrit devant ce petit hôtel, en bord de route. Ils étaient fatigués. Qu'importait l'hôtel, il leur fallait une chambre. Dormir.

Le problème était que si la porte était bien ouverte, il n'y avait cependant personne à l'accueil : l'hôtel paraissait complètement vide, abandonné. Ils constatèrent alors ce qu'ils n'avaient pas encore remarqué, aveuglé par leur fatigue : l'hôtel était dans un état de délabrement pitoyable. Épuisés, ils décident de dormir là malgré tout. À quatre, ils ne risquaient rien ! Ils avaient donc choisi la chambre numéro 666, ignorant qu'il s'agissait du numéro du diable, juste parce qu'il s'agissait de la chambre la plus éloignée de la porte d'entrée, qui ne fermait pas et laissait s'engouffrer un vent chaud et plein de sable.

C'est tout ce qu'on sait. Du moins c'est ce qu'on a imaginé, parce qu'on a retrouvé leurs vêtements dans cette chambre. Parce que personne ne les a jamais revus. Nul ne sait s'ils ont été tués, on sait seulement que leur route s'est arrêtée là, dans la chambre 666, parce que leur voiture a été retrouvée devant cet hôtel sinistre.

Ramon Florian

Chambre froide

Kebab sans frites pour pouvoir économiser quelques centimes,
Quoiqu'il arrive j'ai toujours un trou dans le jean,
Je n'ai pas vraiment le choix il faut que je devienne dentiste,
Je n'ai pas de thune pour moi mais j'en ai pour mes potes,
Pas d'argent pour manger mais j'en ai pour mes clopes,
Mes chaussures sont des fausses pas de marque sur la veste,
J'ai un trou dans ma chaussette mais c'est la seule qui me reste.
Je suis le professionnel de l’emprunt et de la location,
Je me balade à pied, pas d'argent pour le bus,
Je suis plus rincé qu'une salade dans un restaurant de luxe.
Je prends un verre d'eau gratuit pour rester en terrasse.
Se frotter derrière des gens, frauder le métro sans se faire chopper.
Les larmes aux yeux si je trouve 1€ par terre,
Dans mon squat de 10m², une chambre
Je vois toujours les choses en grand, malgré les passants qui me chambrent.
J'ai pas grand chose dans les poches à part mes mains, c'est déjà bien j'ai de quoi écrire ce texte.
Alors, je me retrouve à vivre dans les dédales de Paname,
Je n'ai pas d'égale
Et je me balade pas loin des halles ou les dalleux parlent mal de la femme.
Je me noie dans l'ivresse grâce aux sous qu'on me laisse,
Mais je dois me démener,
Mais le manque de monnaie me limite,
J'ai tellement de mal à me laver les mains que je me demande
Où mènera le chemin qui me terminera.

Loïs, Tanguy, Ayoub

Histoire et rêve

Je suis rentré dans cet endroit. Un matelas sans drap, des habits, des rats morts, des restes de repas, des bouteilles vides, des tas de feuilles… C'est tout ce qu'il y avait. Un endroit triste, où personne ne rêve de rentrer, de vivre. J'ai ramassé une feuille et j'ai commencé à lire. C'est un homme qui porte le prénom Robert, il raconte son histoire et ses rêves. Son père et sa mère étaient sa seule famille. Son père alcoolique frappait sa mère tous les jours, son père ne travaillait pas. À 12ans, son père est parti et il ne l'a jamais revu. Pendant 1an, il a vécu avec sa mère dans un quartier dit prioritaire. Sa mère est morte d'un cancer des poumons. N'ayant ni frère ni sœur, il s'est retrouvé seul. Sa mère ne parlait jamais de ses parents. Robert ne sait même pas s'il avait des oncles ou des tantes. Il savait juste leur nom de famille : « Perez ». Il a cherché pendant des mois, mais rien. Il raconte aussi ses rêves, ses rêves d'enfant, ses rêves d'adolescent. Il s'est imaginé à l'âge de 16ans : « Je me réveille, le réveil sonne, dans ma chambre, en pyjama. Je me douche, je m'habille, je descends les escaliers, vois ma mère me préparer le petit-déjeuner, me souriant, en me faisant un bisou sur le front. » Pour moi, tous les matins sont pareils. Toute la journée au lycée, avec mes amis. On rigole encore et encore. On ne se soucie pas de ce qui peut se passer. La vie de famille requiert une force, une persévérance, un oubli de soi dont le bonheur de ses membres est le fruit. Aujourd'hui Robert a 18ans, vit dehors près d'une gare, il pèse 50kg. Des pompiers l'ont retrouvé pratiquement mort. Il est à l’hôpital. Je suis allé le voir, n'osant rien lui dire. Il m'a regardé avec un air désespéré sans rien me dire. Un silence absolu. Il est grand, maigre, les yeux bleus, les cheveux brun. Il va bien mais toujours sans famille, sans habits propres. Je suis rentré dans cet endroit, j'ai découvert l'histoire d'un homme qui a changé mon histoire, mes rêves.

Cassandra Aguas

La chambre de l'enfer

En arrivant devant la porte de chez moi, j'aperçois de la lumière, sous le bas de la porte. À ce moment-là, j'entends aussi des choses qui claquent, ce qui me fait peur parce que je suis certaine d'avoir tout fermé et tout éteint en partant. À l'intérieur, rien de bizarre, donc je décide d'aller me coucher.
Le lendemain matin, en me réveillant, je me rends compte immédiatement que je ne suis pas dans ma chambre : la pièce est plus grande que ma chambre, et surtout, elle n'a pas de fenêtres. La porte de la pièce est une porte coulissante. Je reconnais l'endroit : je suis chez ma voisine, une vieille dame un peu bizarre. Je me lève d'un bond. Cette voisine, en fait, elle est carrément flippante, alors je l'évite. Elle est forte, ses épaules sont larges. Ses jambes sont maigres et sa démarche boiteuse. Elle dit régulièrement toutes sortes de méchancetés aux gens et se montre glaciale. Bref, elle fait peur. Son visage est assez insolite car il est moitié ridé moitié lisse, très osseux. Son teint est livide, ce qu'accentuent ses cheveux gris. Son front est étroit, ses yeux sont globuleux, sombres. Son nez est crochu, sa bouche est charnue et son menton pointu. Qu'est-ce que je fais chez cette bonne femme terrifiante ? J'ai dû avoir un moment d'absence, j'ai dû me tromper de maison. J'ai ses clés, elle me les a confiées au cas où… Mais comment j'ai pu me tromper de maison quand même ?
Je n'ai pas le temps de me poser davantage de questions. La porte coulisse, et elle est là, devant moi. Je suis paralysée par la peur. Elle me prend par la main et me fait sortir de la pièce. Je la suis dans le couloir sombre éclairé par des néons vieillots. Plus on avance, et plus il fait sombre. Le couloir me semble interminable. Au fond, il y a une faible lueur. On entre dans la pièce, et alors la faible lueur se transforme en une lumière qui fait mal aux yeux. On a l'impression d'être dans une morgue ! Et là, le spectacle est tout simplement terrifiant. Par terre, ce sont des corps humains, qui gisent. Au milieu, son chien loup, qui montre les dents. Je panique, il faut que je sorte de cet endroit ! Mais la vieille est plus rapide que moi : elle a fermé la porte à double tour.
Elle est là, devant moi, et son regard dur me terrifie. En me trompant de maison, je l'ai interrompue dans son ignoble activité : elle enlève les boyaux. Elle enlève les viscères, les broie et les mélange avec du sang pour fabriquer une mixture de jouvence. Ceci dans l'espoir de retrouver sa jeunesse ! Je l'écoute...je pose des questions, il me faut gagner du temps… Avec une seule question en tête... est-ce que je vais rester en vie, ou est-ce que je serai sa prochaine victime ?

Huguet, Gaillet, Sicard

La maison interdite

Je m'en rappelle parfaitement. C'était un samedi soir. J'avais 15 ans. Mes amis et moi étions sortis en ville pour aller au restaurant. Sur le chemin, un de mes amis voulait nous montrer une maison abandonnée. Nous l'avons donc suivi, ça pouvait être drôle, de jouer à se faire peur. Et peut-être qu'on pourrait y découvrir des trucs sympas. Enfin c'est ce qu'il disait, pour nous convaincre. À l'entrée, il y avait un grand portail rouillé, à moitié ouvert. En vérité, je n'avais pas vraiment envie de rentrer dans cette maison mais j'ai quand même décidé de les suivre, pour ne pas passer pour une trouillarde.
Dans la maison, il faisait très sombre, et il flottait une odeur nauséabonde. Au sol, le carrelage était cassé. Les meubles qui restaient étaient rongés par les termites. On ne voyait pas très bien où on mettait les pieds. On avait l'impression d'entendre des bruits, des chuchotements, on ne savait pas si c'était réel ou si notre imagination nous jouait des tours, en tout cas on n’était pas rassuré du tout.
Au fond de la première pièce, on découvre un escalier en bois. Il manquait des marches, ce qui rendait la progression difficile. À l'étage, un long couloir. Je m'y engage, seule, parce que les autres sont restés en bas. Soudain, mon instinct m'oblige à me retourner. Et là, je me retrouve face à une jeune fille.
Elle est de taille moyenne. Cheveux longs, châtains. Yeux foncés, avec de longs cils épais. Un teint clair, sans imperfections. Quelques taches de rousseur sur le nez. La jeune fille a l'air complètement perdue ; dans son regard je vois qu'elle ne se sent pas bien du tout. Il me faut un certain temps avant de me rendre compte que cette jeune fille qui me fait face, en fait, c'est moi. Je me regarde dans un miroir ! Si ce n'est pas ridicule !
Je reprends mes esprits et continue ma progression dans le long couloir. À gauche et à droite, j'essaie au fur et à mesure d'ouvrir les différentes portes, mais elles sont toutes fermées. Mais soudain, la poignée réagit, l'une des portes s'ouvre dans un grincement lugubre.
Il s'agit d'une chambre. Du sol au plafond, elle est couverte de toiles d'araignées. Je porte mon écharpe à mon nez, parce que l'odeur est encore plus immonde là que dans le reste de la maison. Je n'y vois pas grand-chose. Peut-être que je devrais appeler les autres, mais poussée par la curiosité, j'allume mon portable, pour y voir un peu plus clair. Au fond de la pièce, il y a une grande armoire qui m'intrigue. Je m'approche, je l'ouvre. À l'intérieur, il y a un grand sac en cuir. Je l'ouvre. À l'intérieur, surprise, il y a des centaines de billets de banque. J'oublie la peur, je suis juste super heureuse de ma découverte, tout cet argent, abandonné là !
Toute à ma joie, j'ai dû sauter, et là, je sens que le plancher en bois vermoulu cède sous mon poids… Je me retrouve un étage plus bas.
Rien de cassé, mais je suis sonnée. Je voudrais appeler les autres à l'aide, mais j'ai le souffle court, je n'arrive pas à articuler un mot. Le bruit a attiré mes amis, ils sont là, autour de moi.

La dernière chose dont je me souviens, c'est eux, occupés à enlever tous les morceaux de bois, autour de moi. Aujourd'hui, je regrette amèrement cette expédition dans une maison interdite. À dix-huit ans, je me retrouve dans un fauteuil roulant. Paralysée à vie.

Pullan Amy, Léa Nosland

La mystérieuse rencontre de Nekfeu

Écouter les musiques de notre chanteur préféré en boucle, avoir participé à l'un de ses concerts, s'être abonné à tout ce qui le concerne sur les réseaux sociaux, c'est comme ça que notre vie adolescente peut se résumer. Malgré l'ordinaire de nos petites vies, ce qui nous est arrivé est loin de l'être.
Cela faisait plusieurs semaines qu'Ode et moi entendions une certaine rumeur sur une maison abandonnée et même dite hantée, à la sortie du village, une maison que personne n'osait approcher. D'après ce qui se racontait, une dizaine... voire une vingtaine de monstres terrifiants occupaient cette maison : des fantômes, des vampires, des loups-garous... et même un ogre ! Enfin bref tout ce que nos cauchemars pouvaient compter de plus abominable.
Dis comme cela, ça peut sembler complètement insensé et inimaginable de croire des rumeurs aussi débiles, mais Ode et moi avions des doutes, notre intérêt avait été éveillé.
Un après-midi, l'un des garçons les plus populaires du lycée lança un défi :
« La première personne, ou le premier groupe qui arrive à rester une nuit entière dans cette baraque maléfique gagnera tout mon argent de poche... 1500 euros... pas mal non ? Qui relève le défi ? »
Moi, comme une andouille, je n'ai pas réfléchi, et j'ai levé la main, levant du même coup celle d'Ode. Pas question de me lancer là-dedans sans ma copine...
Le garçon arrêta une date : ce serait pour ce week-end...
J'étais excitée par la perspective de cette escapade, mais Ode n'était pas du tout dans le même état d'esprit.
« Comment as-tu pu accepter un défi aussi débile franchement Émilie ? T'as bien entendu ce qu'ils ont dit, des vampires, des loups-garous... et si tout ça était vrai ? Et si on y laissait notre peau !
- Enfin Ode t'es bête ou quoi ! Tout ça n'existe pas tu le sais aussi bien que moi ! Il suffit juste d'entrer dans cette maison, d'y dormir et de partir le lendemain, c'est de l'argent super facile !
- Oui ben moi je ne le sens pas du tout... dit-elle d'un air terrifié. »
La fin de cours sonna, cette journée était terminée.
Encore une fois, je me retrouvai en avance pour mon bus. Ce court instant d'attente me permis de me renseigner sur cette fameuse maison auprès d'un groupe de terminale qui attendait avec moi. Les réactions étaient multiples. Certains avaient l'air effrayé, d'autres se marraient. Quelqu'un dit qu'un homme avait réussi à la pénétrer et n'en était jamais ressorti.
J'envoie aussitôt un sms à Ode pour la tenir au courant des derniers renseignements glanés. Et là, je sentis qu'elle était encore plus terrifiée. Mais bon, le positif, c'est qu'il était possible d'entrer.
Le week-end arriva enfin... ou déjà. On était au pied du mur, Ode et moi.
Ode et moi nous retrouvons pour vérifier notre matériel.
« Lampe ? Check
Sac de couchage ? Check
Nourriture ? Check
Papier toilette ? Check
Lunette d'espion ? Check
C'est parfait on est prête on dirait ! »
C'était parti pour l'aventure. À peine entrées dans la maison, les frissons nous gagnent.
La maison compte deux étages : 3 salles de bains, 3 chambres et une pièce mystérieusement fermée.
Je reste plusieurs minutes à réfléchir devant cette pièce en repensant au mot des terminales. Je prends mon courage à deux mains et je frappe. Une fois, deux fois, trois fois. Silence, puis la porte s'ouvre. Terrifiée, je fuis et je rejoins Ode en bas de la maison.
« Viens avec moi là-haut, sérieux j'ai trop peur ! »
On remonte à pas de loup. Ode prend son courage à deux mains, appuie sur la poignée et pousse la porte.
C'était donc vrai. La rumeur. Il y a quelqu'un dans cette maison. Mais personne, personne ne pouvait imaginer qui était cet homme mystérieux. Nekfeu, le chanteur. C'est fabuleux, la chambre dans laquelle il vit n'a rien à voir avec le reste de cette maison abandonnée : bien entretenue, chaleureuse, au milieu trône un lit confortable posé sur un tapis soyeux et propre. Un bureau, des rideaux... Là, tout d'un coup, nous nous sentons beaucoup plus détendues. Jamais je n'aurais imaginé rencontrer ma star préférée dans des conditions aussi extraordinaires, et du coup, je suis bien contente d'avoir levé la main aussi spontanément. Qu'est-ce qu'il peut bien faire là, je n'en ai aucune idée et on s'en fiche ! Nous ne nous posons pas de questions, nous profitons du moment pour prendre des photos et poser toutes les questions qui nous passent par la tête. Il nous faut la preuve que nous avons bien surmonté notre peur et que nous sommes entrées dans cette fameuse maison !
Et nous avons bien fait ! Personne n'a voulu nous croire, mais les photos étaient bien là ! Il a bien fallu qu'ils nous donnent l'argent promis... Et bien sûr, qu'est-ce qu'on a fait avec ? On s'est offert des concerts de Nekfeu... et encore des concerts de Nekfeu....

Weisser Emilie, Retif Ode

Le malheur n'arrive pas qu'aux autres

J'entre dans la chambre d'une amie chez qui je n'ai jamais été invitée. Et là, ma respiration se coupe...

Elle se nomme Lola, elle est brune avec des yeux verts, toujours habillée avec beaucoup de classe, bien apprêtée. C'est la fille la plus populaire du lycée mais aussi la plus gentille. Elle est amoureuse d'un type du genre racaille... Romain... casquette survêtement. Il n'écoute que du rap, il fume, le mauvais garçon quoi. Il roule dans un scooter qu'il a sans doute volé et bien sûr sans casque. C'est pourtant un beau garçon, il faut lui reconnaître au moins ça. Moi je suis grande, un peu ronde, en gros tout l'inverse de Lola.
Ça fait un petit moment que Lola est absente, elle ne vient plus au lycée. J'ai essayé plein de fois de l'appeler, mais elle ne répond pas. Je veux voir ce qu'il en est. Je prends le prétexte de devoirs à lui apporter pour voir ce qui se passe.
À dix-sept heures, à la sortie du lycée, je me rends donc chez elle. Et là, devant la maison, il y a un camion. Un camion d'équipements médicaux qui fait sa livraison...
Du coup j'appréhende d'entrer chez elle, mon cœur bat à toute vitesse.
Mais je suis là... alors je prends mon courage à deux mains, et je frappe.
C'est sa mère qui ouvre la porte, et tout de suite, je sens qu'elle n'est pas bien. Elle a le visage pâle, les traits tirés.
« Bonjour Marine, quelle surprise de te voir ici, qu'est-ce que tu veux ?
- Bonjour Madame, en fait je viens amener les devoirs à Lola. Ça fait un petit moment qu'on ne la voit pas au lycée... elle ne répond pas au téléphone...
- C'est vraiment gentil Marine... écoute, monte dans sa chambre. Mais prépare-toi à un choc. »
Un choc ? Qu'est-ce qu'elle veut dire exactement ? Je n'ose pas poser de questions. J'obéis, juste, je grimpe doucement les escaliers qui mènent à l'étage et à la chambre de Lola.

Arrivée devant la porte, je respire profondément, et je frappe.
La chambre est très claire, elle est grande. Il y fait une chaleur effroyable, sans doute à cause des deux grandes baies vitrées à travers lesquelles le soleil tape fort.
Lola est allongée sur un lit, dans un état pitoyable. Ce que je vois dans cette pièce, c'est que malgré les photos de famille, malgré le grand écran télé, les peluches, malgré l'étagère recouverte de livres, tout rappelle l'hôpital : un fauteuil roulant, un lit médicalisé, des matériels médicaux, à droite et à gauche. Je suis sous le choc, il faut que je dise quelque chose là, mais je ne trouve pas les mots.
«  Mais enfin Lola, pourquoi tu n'as rien dis, pourquoi tu ne m'as pas expliqué, à moi, qu'est-ce qui t'es arrivé ?
- Je n'ose plus, maintenant, j'ai peur du dehors, du regard des autres.
- Mais le regard des gens, on s'en fiche ! Raconte-moi, qu'est-ce qui s'est passé ?
- J'étais sur mon scooter. Enfin sur le scooter de Romain. Enfin le scooter de Romain, c'est vite dit, vu qu'il l'a volé. On a eu un accident. On n'avait pas de casque, ni l'un ni l'autre bien sûr. Lui n'a rien eu, à part des égratignures. Mais moi depuis, je ne peux plus marcher. Paralysée, je suis paralysée.
- Lola, je te l'avais dit, pourtant, que ce n'était pas un type bien. Qu'il n'était pas une bonne fréquentation.
- Je sais bien Marine, mais c'est comme ça, on ne choisit pas qui on aime !
- Vous vous voyez toujours ? Il vient te voir, il te soutient ?
- Il ne veut plus me voir, ni me parler. Il a complètement disparu en vérité, il ne répond même plus au téléphone.
- Tu vois, je te l'avais dit, il fallait m'écouter. Maintenant, à cause de ce débile, tu vas finir ta vie en fauteuil. »
Lola pleure à gros sanglots. Je m'en veux, quelle idiote de lui dire des choses pareilles...
« Je suis désolée ma Lola, je ne voulais pas dire ça.
- C'est pas grave Marine, tu as raison, j'aurais dû t'écouter. Mais surtout, j'aurais dû t'appeler... Je vais avoir besoin de toi. »

Anonyme

L'exposé de la mort

Nous étions tous les quatre assis au salon chez Steven pour un exposé que Mme Lefèvre nous avait demandé de faire.
Harley lui demanda où se situait les toilettes.
« Dans le couloir, la deuxième à droite » dit-il.
Harley prit cette direction et ouvrit une porte.

Je m'introduisis lentement dans la pièce, et me rendis vite compte que je ne me trouvais pas aux toilettes mais dans la chambre de Steven.
Des photos de nous tapissaient les murs. Je m'approchai du bureau et vis le bracelet de Hanna posé dessus.
Elle croyait l'avoir perdu la semaine dernière lors du cours de sport. Certaines photos étaient entourées de marker rouge.
Au bout de quelques minutes je commençai à entendre des pas se rapprocher de la pièce, des pas masculins.
Je me précipitai vers la porte et la poussai afin de la laisser entr’ouverte puis je retournai vers le bureau. De là, je vis Steven passer, se dirigeant vers le bout du couloir.
Mon souffle se coupa.
Je saisis le bracelet de ma main gauche, le mis dans ma poche et me mis à courir vers le salon.
Là je les vis toutes attachées aux chaises avec de la corde et du ruban sur la bouche.
Je sentis une chaleur humaine derrière moi, comme les filles se trouvaient devant moi je devinai vite que c'était Steven. Je me retournai lentement.
Ma tête se mit à imaginer plein de choses. Sans vraiment réfléchir je pris la statuette de marbre qui se trouvait derrière sur le buffet en bois.
Je frappai la tête de Steven avec, par peur qu'il me ligote comme les filles. Il tomba raide par terre. Une fois que je le vis immobilisé je détachai mes amies et nous partîmes de cette maison.

Une année plus tard, mes amies et moi nous nous sommes rendu compte de la chance que nous avions eu de nous en tirer sans blessures physiques. Nous pouvons dire que cette histoire nous a soudées et que nous sommes désormais plus unies que jamais.

Lorine et Manon

Ma nouvelle vie

Cela fait maintenant 6 mois que je vis dans la rue, dans le froid, sous la pluie, le vent. Ma vie a tellement changé depuis… Avant de me retrouver dans cette situation, j’étais aimé et accompagné par tous les gens qui m’entouraient.
Et maintenant plus personne ne me regarde, ne fait attention à moi. Les gens passent à côté de moi comme si je n’étais pas là, comme si j’étais invisible ou mort.
J’ai faim, soif et froid.
Devant mes yeux, je vois passer des familles heureuses qui passent du bon temps. Alors qu'un enfant voulait s’approcher de moi pour me parler, son père lui tira le bras en lui disant « Ne t approche pas de ces personnes ».
Je baissai la tête gêné et touché par ces paroles. Un groupe de jeunes ados rigolaient en passant à côté de moi en disant « il n’a qu'à se trouver du travail celui-là au lieu de faire la manche » et ils continuèrent à rire. Leurs rires me hantent.
Si seulement ils connaissaient mon histoire peut être qu’ils riraient moins.
Ma femme m'a quitté, m'a laissé sans argent et a pris la garde de mes enfants.
Maintenant je suis seul avec un chiot que j’ai du mal à nourrir, le moindre centime que l’on me donne sert à acheter de l’eau pour le faire boire et du pain pour le faire manger.
Pourquoi tout le monde m’évite et me traite comme un animal sale qu’on pourrait trouver dans une bouche dégoût ?
J’étais comme eux, une famille, une maison, ma chambre, un jardin, des amis, des repas de famille... Personne ne pouvait espérer une vie meilleure.
Dans certaines villes, nous n’avons même plus le droit de nous asseoir dans les centres-villes pour éviter que la ville soit mal vue ou que ça ne fasse « sale ».
Nous n'avons rien de différent des autres nous n’avons juste pas votre petit confort quotidien.
Regardez-nous différemment des personnes qui viennent d’une autre espèce.
Aidez-nous à pouvoir redevenir comme vous ou juste avoir de quoi être en sécurité, dormir dans une chambre, prendre une douche et manger.
Un soir alors que j’étais allongé sur un banc, je m’imaginais rentrer dans une petite maisonnette où il y avait un lit, une salle de bain, une table, un frigo rempli de nourriture... dans cette maison je pourrais vivre seul, sans être jugé n’y être mal vu.
Je donnerai tout pour retrouver ma vie d’avant...

Anonyme

Garder le sourire

Je m'appelle Paul, j'ai 19ans, je vivais dans la région Parisienne, j'étais étudiant aux Beaux-Arts de Paris.
J'avais cette fibre artistique, j'étais particulier, je dirais plus : différent, étrange, je me démarquais des autres, cela était-il volontaire ?
D'une part oui car je ne voulais pas rentrer dans cet effet de mode où la majorité des gens se ressemble, je ne voulais pas intégrer ce troupeau de moutons, je préférais être le berger.
La peinture parlons-en... pour moi c'est ce qui me tient en vie et qui me donne la force. Ne vous inquiétez pas vous allez comprendre mon histoire.
Quand je peins, je m'évade, je lâche tout, je voyage, je pars dans un autre monde.
Mon histoire commence là…
J'étais donc aux BeauxArts à Paris et j'étais très studieux. J'adorais cette école, c'était pour moi la chance de ma vie.
J'avais un petit groupe d'amis, ils étaient un peu comme moi, on s'entendait bien, on parlait de tout, de rien, c'était vraiment une belle année qui commençait.
Puis un jour un de mes amis, je ne savais pas pourquoi, mais pour moi c’était pas un simple ami, car quand je le voyais j'avais des papillons dans tout mon ventre, le cœur qui s’accélère, je trouvais cela bizarre... Je commençais à me poser des questions, sur peut-être mon orientation sexuelle.
Il y avait cette fille dans mon école, Leila, on m'avait raconté que je l'attirais, moi je voulais me tester, tester si j'aimais les filles ou les garçons, je demandai à mon ami Jean d'aller la voir pour une approche.
Leila était venue me voir, je n'ai pas perdu de temps et on s'est mis en couple, un peu sur un coup de tête, car pour moi je n'avais aucune attirance pour cette fille, les jours passèrent et je voyais de moins en moins l’intérêt de rester en couple avec elle.
Alors je l'ai quittée, sans lui faire de mal car je n'aime pas être dur ou trop cash.
Ma vie reprit mais toujours avec ces questions en tête, mais de jour en jour en voyant ce garçon je ressentais des effets aussi bizarres les uns que les autres.

Mais au fond de moi je ne voulais pas me l'avouer mais je savais très bien que j’étais homosexuel. Je ne voulais pas le dire car je savais très bien qu'on allait me juger pour cela, qu'on allait sûrement m'exclure de cette société qui n'accepte pas la différence, qui ne comprend pas l'amour.
Je réfléchissais à comment le dire à mes parents surtout à ma mère, car mon père aurait très mal réagi.
C’était vers 20h, ma mère était infirmière. Cette nuit-là, elle n’était pas de garde, elle rentra plus tôt. Je lui demandai de s'asseoir à la table du bureau de ma chambre, elle s'assit, et me demanda pourquoi.
Je lui dis…
Ma mère choquée, en pleurs, se leva et alla voir mon père, je ne m'y attendais pas, beaucoup de pression, de stress surgirent en moi.
Mon père arriva, me regarda, et me frappa... je comprenais encore moins.
Je me rappelle de ce moment qui m'a détruit, ma mère descendait les escaliers avec une valise et mes habits et me cria « casse-toi »…
Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Je me retrouvais à la rue sans rien, plus de repères, pourquoi ? Parce que j'avais annoncé à mes parents que j'étais homosexuel...
Tout ce que je redoutais arriva, le rejet de mes amis, je ne pouvais plus aller à mon école car je n'avais pas d'argent, je me retrouvais donc sans abri… ne sachant plus quoi faire, à part survivre… Je vivais sous les ponts avec mes toiles et un peu de peinture. Je ne demandais pas d'argent juste du respect, et je peignais pour m'aider, m'aider à vivre, à garder le moral…
Je ne voulais pas être triste… me dire que la vie était finie, alors que la vie pouvait m'apporter encore plein de bonnes surprises ! Je restais optimiste, pourquoi je serais triste ? C'est assez dur comme cela je ne vais pas rajouter de la tristesse à cette vie, à ma vie.
Car oui c'est dur d’être sous les ponts, c'est dur de plus avoir de vie sociale.
Juste parce que je suis homosexuel, parce que j'avais décidé de m'assumer, c'est mal d’être heureux ? D’être différent, car je dis cela mais c'est pas une différence, c'est normal...
Les gens jugent, ils jugent le bonheur des autres, mais laissez-nous tranquilles, on est comme vous, on a le droit au bonheur, la terre est faite de diversité, de différences ! Il faut de tout pour faire un monde ! Respectez ce monde qui vous entoure et arrêtez d’être égoïste et de penser au négatif, vivez pour vous pas pour le mal…
Je me retrouve sans abri mais vous savez quoi je suis heureux, et je compte bien m'en sortir, et me battre pour nos droits.
Je suis homosexuel et j'en suis fier...

Marie Alix

Porte 9, 6

8 juin 2035. Plus de 8 milliards de personnes sont mortes en moins de deux semaines.
Je m'appelle Harold Ralston. J'ai les yeux marron et les cheveux noirs. Ma particularité : un bras amputé...vous savez pourquoi… Je suis grand, fin et très sportif. Avant que la peste n'arrive, je faisais beaucoup de randonnées dans l'état de l'Indiana, aux ÉtatsUnis, et je faisais beaucoup de ski alpin au Canada.
Cela fait trois ans qu'avec mon groupe de 7 personnes nous sommes absolument seuls au monde : nous avons trouvé une maison en plein milieu du Texas. De l'extérieur, la maison semblait vide. Il fallait faire vite car la peste se propageait, tous les objets étaient contaminés pour une durée de 24 heures, il fallait donc au préalable tout désinfecter. On s'est donc mis à désinfecter la maison et recouvrir le sol de bâches plastiques, ce qui nous a pris quelques heures.
La maison comprenait un couloir très sombre encombré de chaises et de tables. Dans ce couloir, une porte portait le numéro neuf qui s'était retourné pour former un numéro 6. Ce numéro était lourd, il était en métal, du titane. On a eu très peur en découvrant cette porte, parce qu'elle avait manifestement une serrure électromagnétique hors d'usage. Impossible de savoir ce qui se cachait derrière.
Quelques jours plus tard, on se préparait à ouvrir cette porte par la force, on voulait en avoir le cœur net. Et surtout, on voulait désinfecter la pièce comme le reste de la maison.
À l'intérieur, on découvre avec stupeur un lit médical dans lequel est installé un vieil homme. A son bras, une perfusion. Sur son ventre, un tube d'où s'échappe un liquide rouge qui tache sa chemise blanche. On comprend trop tard qu'il ne fallait pas ouvrir cette porte. La peste est là, partout, et il est trop tard pour nous.

Torra Léo

Tempête

Salut, je m'appelle Charlotte.
Mon amie s'appelait Lucie. Elle avait 17 ans. Elle était blonde aux yeux bleus, elle était blanche de peau. Ses cheveux étaient frisés avec un joli dégradé. Elle avait une démarche gracieuse mais un peu gauche. Lucie s'habillait chic, elle adorait la mode, les magasins.
Moi j'avais 17 ans, je faisais 1,70m. J'étais brune et mes cheveux étaient lisses et longs. J'avais des yeux couleur noisette, le teint bronzé.
J'étais tout le contraire de Lucie : je n'aimais pas trop la mode, je m'habillais simplement, les magasins... ça m'arrivait d'en faire, mais pas toute la journée, ça m'ennuyait vite.
On n'avait des vies de lycéennes. Mais un jour nos vies toutes simples ont basculé.
C'était fin décembre, début janvier, il y avait un vent terrible, ce jour-là. En fin d'après-midi, nous faisions la route ensemble. Le vent soufflait très fort, et là, sans qu'on puisse s'y préparer, un poteau signalétique nous est tombé dessus. Il ne tenait presque plus. On l'avait bien vu bouger, mais on pensait qu'il tenait. En fait, il s'est écrasé sur nous.
J'ai réussi à me dégager mais Lucie est restée coincée. J'en ai bavé pour la libérer du poids du panneau qui était très lourd. J'ai appelé aussitôt les urgences qui sont venues très vite la prendre en charge.
Moi, je ne suis pas restée longtemps aux urgences : je n'avais rien, ou presque, juste quelques égratignures sans gravité. Alors que pour Lucie, c'était beaucoup plus grave : il a fallu l'opérer d'urgence.
Quelques heures plus tard, à son réveil, j'étais à ses côtés pour la rassurer. Elle a tout de suite paniqué, parce qu'elle ne sentait plus son corps. Elle avait complètement oublié tout ce qui s'était passé... le vent... l'accident, j'ai donc dû lui expliquer. Le verdict était terrible : elle était restée trop longtemps coincée, elle était paralysée, c'est ce qu'est venu lui annoncer le médecin. Elle passerait le reste de sa vie dans un fauteuil roulant.
Je ne l'ai pas laissée tomber, je suis venue la voir tous les jours, et son séjour à l'hôpital a duré beaucoup plus longtemps que prévu. Elle y est encore.
Elle est dans une chambre où elle reste allongée, toute la journée. Les murs de cette chambre sont gris bleus, le sol est en lino, pour être facilement nettoyé, j'imagine. Quand on entre dans cette chambre, on voit la grande fenêtre sur le mur opposé, une fenêtre qui donne sur le parc et ses grands arbres. À l'angle gauche, une télé est accrochée au mur. Sur la gauche, il y a un placard et aussi le lit, avec sa table de chevet sur laquelle sont posés des magazines, la télécommande de la télé, la télécommande de réglage du lit, des objets personnels. Au plafond, des spots lumineux de couleur blanche diffusent une lumière dure.
Derrière la tête de lit, un cadre avec une photo : un magnifique paysage. Des arbres couchés par le vent, un jour de grande tempête…

Secco Celia, Serres Leonie, Munos Floriane

Un lourd secret

Nous avions toujours été amis, depuis que nous étions enfants. On se voyait toujours au parc ou chez moi.
Mon ami m'a toujours paru bien soigné, des vêtements propres, en forme et avait un sourire constant.
Il ne parlait pas souvent de lui, mais cela m'était égal jusqu'à maintenant.
Un jour où nous sommes dans ma chambre à parler de tout et de rien, je lui demande pourquoi nous ne nous voyons jamais chez lui.
Il me répond qu'il habite loin et hors de la ville. J'ai sûrement dû trop insister pour visiter sa maison parce qu'il s'énerve brutalement et part de chez moi en trombe.
Le lendemain, au lycée il vient me faire des excuses pour son impulsivité et me demande de ne plus en reparler.
Toute la journée je n'arrive pas à me concentrer car cette réaction excessive me questionne.
Le soir, après les cours je suis pris du besoin de le suivre car cette histoire et cette réaction brutale m'intriguent.
Il marche, longtemps, longtemps. Je commence à fatiguer.
La nuit tombe et il continue de marcher.
On est sortis de la ville depuis longtemps, les lumières commencent à se faire rares et les trottoirs sont de plus en plus étroits.
Après cette marche longue et hâtive, nous arrivons dans un terrain vague rempli de tentes, de vieilles voitures, et de linges étendus à des fils posés à l'arrache.
On avance dans la boue à travers des tentes salies et usées par le temps, jusqu’à une petite tente verte où un homme et une femme accueillent mon ami en l'embrassant.
J'observe la scène caché derrière un talus de terre, ne croyant pas ce que je suis en train de voir et en m'en voulant de ne pas avoir compris plus tôt.
Il a l'air tellement propre sur lui, il était tellement discret sur sa vie personnelle, et ce sourire, ses rires, sa bonne humeur quotidienne ! Comment arrive-t’il à masquer ce malheur, cette souffrance ? Pourquoi ne m'en a-t-il jamais parlé auparavant ? Comment peut-il vivre comme ça ? Et depuis quand ? Comment lui en parler ?
Plein de questions fusent dans ma tête et je me sens presque gêné de connaître ce secret qu'il a tant de mal à cacher.
Après cette découverte, je décide de rentrer chez moi et pendant ma douche je m'en veux d'avoir cette douche, l'eau qui coule à flot, puis mon lit douillet et chaud.
Je vois ma chambre personnalisée comme je l'ai voulu, avec mes posters, ma lumière, mon lit grand, plus grand que ce que j'aurai besoin, mes vêtements, tous mes vêtements empilés dans ma grande armoire, ma jolie chambre rien qu'à moi grande et chauffée, et même plus grande que la petite tente de la famille de mon ami.
Je me sens tellement mal, je culpabilise de ma vie et je l'imagine essayer de dormir dans cet espace étroit et froid.
Je ferme les yeux je m'endors… Demain notre amitié va changer à jamais je vais lui apprendre ce que j'ai vu, ce que je sais et je ferai tout pour l'aider, tout pour échapper à ce lourd secret.

Faucher Elisa, Laignel Agathe, Champdaveine Clément, Azalbert Thomas

Un soir autour du feu

Je suis rentré chez mon ami. Non en fait, je suis rentré chez mon ami en courant.
Il m’avait convié à passer deux nuits. J’étais heureux et excité à la fois. Il faisait frais, même froid malgré l’ambiance chaleureuse qui y régnait. C’était une vieille maison, il y avait une magnifique petite statuette dans l’entrée. Mon ami, Jack, me dit qu’elle appartenait à sa famille. Nous étions seuls. Nous décidons d’allumer le poêle et de monter dans sa chambre. Elle était très sombre. La pluie dégouttelait sur la vitre. Nous n’avions pas de télé, juste notre imagination pour nous amuser. Ce sont aujourd’hui, les meilleurs souvenirs de ma vie. Après avoir joué des heures, nous sommes allés nous coucher.

Boum boum tchi bam. Plus rien. Boum, tchac clap. Je vis mon ami devenir tout pâle. Je le questionnais pour qu’il m’explique ce qu’il se passait… Il ne le voulut pas pour ne pas m’effrayer. Il m’emmena au grenier en se précipitant… Des créatures, des bruits de pas… Tout semblait venir de cette statuette.
Jack semblait être habitué. Il me dit de rester calme. Des assiettes volaient, des objets tourbillonnaient. J’ai cru que c’était les derniers jours de ma vie. J’étais désorienté, quand Jack me raconta enfin, j’étais sous le choc. Il m’expliqua comment arrêter tout cela… Il suffit de…
Hum, hum… Je me réveille… Mon souffle m’a réveillé. Le feu se consume. Je suis allongé sur le fauteuil de Jack. Rien n’a changé à part, les 70 ans qui viennent de s’écouler… Je ne sais pas si je peux vous dire cela… N’est-ce qu’un rêve ? Je n’ai pas peur.
Attendez ! Attendez !
J’entends des bruits à nouveau près de la statuette… Les assiettes, je dois vous laisser !

Pilat Alexis

Une tristesse insurmontable

20 août
J’entre dans la chambre de mon meilleur ami, il est mort hier. Il est mort en essayant de sauver son petit frère de la noyade, il n’y est pas arrivé et il est tombé dans le coma pendant six longs mois avant de mourir.
J'avance dans la chambre silencieuse, le seul bruit est le bruit de mes pas. Je sens des larmes couler sur mes joues, je n’ai jamais ressenti de pareille tristesse. Je revois toutes les bêtises, tous les jeux que l’on a pu partager dans cette chambre, je me rappelle de toutes ces nuits à essayer de ne pas dormir en jouant et en regardant des films sur l’ordinateur de ses parents.
Par terre sa peluche que je lui avais amenée quelques semaines avant son coma, une envie de la prendre et de la garder pour moi me saisit. Je ne peux pas, je n’ai pas le droit de demander une chose pareille, cela ne se fait pas. Je regarde dans le tiroir de son bureau, il y a là tous ces objets qui me rappellent notre amitié : les cartes Pokémon et une photo de lui sur son vélo, lui qui m’a appris à en faire.
Une fois de retour chez moi je m’enferme dans ma chambre. Je ne veux plus ressortir avec mes amis, la lumière du jour me blesse. J’ai peur d’affronter le regard des autres sans mon meilleur ami, je n’arriverai plus à supporter les insultes quotidiennes, les moqueries insupportables des jeunes de mon âge. Je ne veux pas retourner en cours après les grandes vacances, mais elles sont bientôt finies, j'y serai bien obligé. Comment pourrais-je convaincre ma mère de me garder à la maison ? Elle n’acceptera jamais, je la connais.

27 août
J’entends ma mère m’appeler, elle me dit qu’elle a une surprise :
« Allez viens, on sort, on va se manger un kebab, ça nous fera du bien ». Elle n’avait pas tort, c'était un moment sympa. Mais sur le chemin du retour je vois un cycliste passer au loin, et aussitôt je pense à lui. Je me mets à pleurer, encore des larmes dégoulinantes sur mes joues. Je commence à m'y habituer, depuis une semaine.

1er septembre
Aujourd’hui c’est la rentrée. Je suis obligé d'y aller, même si la tristesse me ronge encore après ces deux longues semaines de pleurs, en boule dans ma chambre. Ma mère a tenu à m’emmener, même si j’avais insisté pour y aller tout seul en bus. Au collège, j'apprends avec qui je suis en classe, que des personnes que je déteste sauf Max et Mika. On nous réunit dans une salle avec notre prof principale, Mme Déguornet. Je n’avais pas d’avis spécial sur elle, je ne la connaissais pas.

7 septembre
Je me dis que j’aurai dû sortir voir mes autres amis, pour me rendre compte que je ne suis pas seul contre tous les autres jeunes de mon âge sans cervelle. J’ai toujours mes amis. Tant que je reste avec eux et avec ma famille je n’aurai pas de problèmes. En plus ma mère est très contente car elle a trouvé un homme gentil, même si son fils fait partie de tous les cons qui se moquent de moi. Mais bon il n’est là qu’un week-end sur deux, je suis vraiment heureux pour ma mère.

15 octobre
Je m’étais trompé sur mon beau-père : c’est un monstre... insultes, moqueries. Il me harcèle et passe ses journées à m'humilier, ce qui m’énerve le plus c’est que je ne peux pas me défendre par la parole ou par les actes car il est trop fort physiquement et que ma mère ne voit rien car elle travaille trop.

3 novembre
Tous les jours c’était régime moqueries et insultes au collège comme chez moi. Ma mère ne voit rien car elle travaille trop, elle part à 6h du matin et rentre à 21h presque tous les jours donc je ne la vois pas souvent et je reste avec mon beau-père quand il rentre du travail. Quand je rentre le soir je dois faire la vaisselle et hier je n’ai pas eu le temps de la faire à cause du basket ; quand je suis rentré chez moi mon beau-père m’attendait pour m’engueuler, dès que j’ai ouvert la porte il m'a agressé verbalement avec une telle violence que je me suis enfui pour aller chez ma grand-mère. Elle au moins elle m’écoute. Je redoute juste le moment où ma mère rentrera à la maison car elle me forcera à rentrer et que je ne veux plus y retourner. Jamais. Je veux déménager chez ma grand-mère. Je ne veux plus jamais les voir, lui et son fils. Je n’en peux plus de cette vie.

15 novembre
Chaque soir, avant de dormir, je pense à la chambre que j’aurais si j’allais vivre chez ma grand-mère. Elle aurait un petit bureau en bois avec mon ordinateur dessus, mes cahiers de cours juste à côté de l’écran. Ma collection de livres sur le meuble et à côté un petit placard où ranger mes affaires. Et comme lit, un clic-clac confortable à double coffre.
Mais bon ce n'est qu'un beau rêve. Je ne pourrai jamais aller y vivre, ma mère m’en empêchera, elle veut que je reste à la maison car je suis son fils et que du coup je dois vivre avec elle.

10 juin
C’est bientôt la fin de l’année et je vais aller en internat l’année prochaine. Demain, c’est le jour de la visite de mon nouveau collège. Bien sûr, c’est loin de chez moi… Limoux ! Je ne connais personne là-bas ! Loin de tous mes amis, avec plus d’une heure de route qui me sépare de ma famille. Mais là-bas, ni beau-père violent, ni demi-frère à supporter. Et j'aurai une chambre. Une chambre à moi.

Cockhill Andy

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Florence Aubry

Autrice
Jeunesse

Pour faire plus ample connaissance avec l'autrice, cliquez sur ce lien

florence aubry

Le projet d'écriture au lycée Beauséjour était un peu différent cette année du format habituel, puisqu'il était proposé (par Bénédicte, la documentaliste) aux élèves que le thème « Une chambre à soi » soit décliné de trois façons différentes :
Qu’est-ce que c'est, que de n'avoir pour toute chambre, qu'une tente, une voiture, ou un bout de squat
Quand sa chambre n'est pas une chambre dans une maison, mais une chambre dans une collectivité
Quand sa chambre est une chambre d'hôpital
Après un petit moment de rencontre, puis de partage autour d'un café, les premiers ateliers d'écriture ont donc été des ateliers délocalisés : les élèves ont été invités à écrire dans des tentes installées dans la cour, à écrire dans une chambre d'internat, ou à écrire dans une salle de soins d'hôpital, grandeur nature. À chaque fois, je me suis étonnée de la facilité avec laquelle les élèves peuvent s'adapter aux propositions qu'on leur fait.

Première séance, par exemple : écrire dans une tente
Par un temps gris, bas, ils ont donc monté comme proposé leurs tentes dans la cour du lycée. Pour beaucoup, c'était une première, le montage de ces tentes. Des Quechua pour la plupart, ces tentes qu'on monte en les jetant dans les airs, qui se déplient comme des papillons aux ailes de nylon et qui font partie du patrimoine, maintenant.
Les Quechua… ce n'est pas que j'ai envie de faire de la pub, mais quand même, il y a vingt ans, c'était de la magie pure, une tente prête en deux secondes. Dès le début on a pensé bien sûr déjà au moment où il faudrait faire la manipulation inverse, le geste sophistiqué qui permet de remettre le papillon dans son cocon...
S'installer dans une tente, écrire sur le thème « Une chambre à soi », en essayant de se mettre dans la peau de celui qui n'a pas de chambre à lui, de celui qui n'habite nulle part. Ici, au lycée Beauséjour de Narbonne, on va donc aussi développer le thème en creux, « Une chambre à soi »... mais qu'est-ce que c'est, de ne pas avoir une chambre à soi ? D'être dans une chambre d'hôpital, dans une chambre d'internat, ou dans une tente. Dans ce lycée, les gens qui n'habitent nulle part, ça préoccupe, ce n'est pas nouveau.
Sa chambre. L'abri de tous les jours. L'espace de sécurité ultime, dans lequel on peut se déplacer dans le noir, sans se faire mal. Le premier espace dont on est déclaré le maître inconditionnel, le premier territoire sur lequel on peut régner. Les livres les photos les posters les bijoux. L'ours à qui il manque un œil. Les bougies. Les jeux les vêtements en pagaille sales propres tout mélangés ou au contraire bien triés les vieux tickets de cinéma les cahiers les manuels les feuilles les stylos. La couette toute chaude. Le chat qui s'endort sur la couette toute chaude. La tache au plafond qui ressemble à un visage ou à un éléphant, selon la lumière. La poussière sur le lustre. Le soleil qui rentre à flots. Le bruit des rideaux que l'on tire. Les bruits assourdis de la maison et des autres qu'on aime qui s'agitent, quelque part en bas.
Ils se sont répartis dans les tentes. L'heure n'est pas trop à l'écriture, mais plutôt à la rigolade. Mais bon, depuis quand on demande aux élèves de se fourrer sous une tente au milieu de la cour à dix heures du matin ? Ils ne sont pas très contrariants, quand même, ils acceptent facilement l'incongru, aucun pour dire que c'est une idée bizarre, ou une idée débile.
Il y a ceux qui laissent les jambes à l'extérieur et la toile de tente ouverte, parce qu'ils sont claustros et que ça les oppresse et les autres, qui remontent les zips des deux toiles. Au bout d'un moment, ça commence à se concentrer, et ça commence à écrire. Seul, à deux, à trois ou à quatre, c'est selon.
Le prof de français, la documentaliste et moi faisons individuellement le tour des tentes. On écoute les reproches (mais non mais Madame ça pue la mort là-dedans ça sent le chat crevé), les débuts d'histoire (ça se passerait dans la chambre d'une fille qu'on connaîtrait mais chez qui on ne serait jamais entré), les idées (on va faire ça un peu comme une chanson, avec les sons), on donne des conseils.

Dernière séance : comment terminer
On est un peu inquiètes, avec Bénédicte, parce qu'il reste peu de temps pour finaliser les textes, qu'ils ont commencés sur papier, pour la plupart, lors de la première séance, puisque chaque groupe n'a eu que deux séances. On les invite donc à écrire directement sur les ordinateurs, pour aller plus vite. Et là, en les voyant tout de suite entrer dans leur histoire, en les voyant taper, en constatant leur concentration extrême, on se rend compte qu'on n'a pas compris un truc. Que dans leur cas, ce qui freinait l'écriture, ce qui brouillait la concentration, ce n'était pas la peur d'écrire, de produire, le manque d'imagination. Ce qui les empêchait, c'était le papier. La feuille. Incroyable. Libérés de la feuille et du stylo, ils produisent avec rapidité des textes extraordinaires.

L'établissement

Lycée Beauséjour

2 rue Girard

11100

Narbonne

Chef d'établissement

M. Jean-Pierre Mazeau