Collège Jules Verne
"Elles, ils sont qui ? Eux, elles sont qui ?"
Un mot
Ils se sont pris au jeu. Ils ont vaincu une petite partie de leur manque de confiance en eux. Ils ont écrit !
Francis Delabre
Francis Delabre
auteur
Il s’est dégagé de cette dernière séance « le plaisir de la tâche accomplie », la découverte aussi, de chacun. Un certain nombre d’entre eux souhaitent présenter ce parcours à l’oral du brevet.
L'équipe enseignante
L'équipe enseignante
Les réalisations

En bref

l'établissement
Collège Jules Vernes
la ville
Boulevard Joliot-Curie 11000 Carcassonne
la classe
3éme (13 à 15 ans)
les intervenants
L'auteur : Françis Delabre | L'équipe enseignante : Anne Vergne-Sirieys (enseignant de français), Patrick Dupré (documentaliste)
le thème
"Elles, ils sont qui ? Eux, elles sont qui ?"

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Elles, ils sont qui ? Eux, elles sont qui ?
 
 

Le grand bouleversement

- Bonjour ! Pour tous ceux qui aiment le foot, nous cherchons vingt-trois joueurs dans toute la France pour jouer dans l’équipe de France des moins de vingt ans pour le championnat du monde. Nous cherchons des joueurs physiques, endurants, rapides. La sélection est dans deux jours…
Rosita se précipita pour monter le son ; Maggie, furieuse, lui dit :
- Pourquoi tu montes le son aussi fort ? Je travaille, moi !
- Mais Maggie, écoute ça !
- Non ! Je finis et après, j’écoute.
- Il faut vraiment que tu écoutes, c’est une annonce de foot pour les championnats du monde des moins de vingt ans !
- Quoi ?!
Maggie et Rosita sautèrent sur le canapé pour écouter la fin de l’annonce.
Après avoir éteint la télé, elles se regardèrent et crièrent de joie, sautèrent dans tous les sens.
- Oh ! C’est génial ! Tu crois qu’on aura notre chance ? demanda Rosita.
- Bien sûr ! En plus, c’est à Paris ; faut vite que je réserve des billets de train car c’est dans deux jours, lui répondit Maggie.
- Oui, vas-y. Moi, je vais faire des recherches sur Internet sur l’entraîneur qui a tenu ce discours… Oh Maggie ! Regarde ça : il a été champion du monde en 1998 !
Deux jours plus tard, à quinze heures, elles étaient devant le Parc des Princes. Rosita, en prenant une grande respiration, regarda Maggie :
- T’es stressée ?
- Ouais, je suis tellement stressée que j’ai la boule au ventre, dit Maggie en s’efforçant de sourire.
- Ça y est ? t’es prête ?
- Oui, allons-y ! dit Maggie d’un ton décidé.
Elles prirent l’entrée principale et virent sur le terrain un homme petit, musclé et habillé en survêtement. Elles se dirigèrent vers lui. L’entraîneur, intrigué de voir des filles, se mit à rire.
- Qu’est-ce que vous faites ici ?
Maggie, agacée, répondit d’un ton un peu énervé :
- Ben, on est venues pour l’annonce !
- C’est bien d’être venues, mais je pense que vous pouvez rentrer chez vous.
- Mais laissez-nous une chance ! cria Rosita
- Non, non ! Laissez tomber. J’ai une équipe à construire, j’ai pas besoin qu’on me dérange ! Merci ! Au-revoir !
Les filles repartirent en direction des vestiaires. Soudain, un ballon, de l’autre côté du terrain, vola vers Maggie. Dans un réflexe éblouissant, celle-ci contrôla superbement la balle de la poitrine. L’entraîneur, voyant ce geste, demanda aux filles de revenir pour passer la sélection.
Il y avait deux épreuves : la première consistait à faire cent jongles, la seconde était un mini match de dix minutes. Maggie et Rosita étaient les sixième et septième à passer. Sur les cinq candidats précédents, un seul avait réussi à faire plus de cent jongles.
Au bout de cinquante jongles de Maggie, un joueur s’exclama :
- Oh ! Mon Dieu ! Elle a un sacré talent !
Puis Maggie passa à cent vingt jongles, puis deux cents !! Tout le monde était épaté. À son tour, Rosita réussit la première épreuve en faisant deux cent dix jongles.
Au tour de la deuxième épreuve, « un cinq contre cinq ». Les filles sont attaquantes, marquent cinq buts chacune et gagnent 10 – 2.
Après deux heures d’épreuves, l’entraîneur alla voir les filles :
- Eh ! Mince alors ! Moi qui croyais que vous étiez nulles… Je me suis trompé !
Maggie, l’air ravi, lui répondit :
- Merci de nous avoir laissé une chance.
Rosita, un peu essoufflée, demanda à l’entraîneur :
- Alors ?
Comment ça « alors » ?
- Ben… On est prises ?
- Ah ! Mais bien évidemment que vous êtes prises !
Maggie et Rosita sautèrent de joie, se jetèrent dans les bras l’une de l’autre.
- Allez les filles ! Reposez-vous bien. On se retrouve dans une semaine pour le match contre l’Espagne.
Une semaine plus tard, l’équipe se retrouva donc contre celle de l’Espagne, étonnée de jouer contre une équipe mixte. Même le public était surpris de voir garçons et filles mélangés dans la même équipe.
Le match commença. C’était assez serré mais les filles prirent la balle : Maggie fit une passe à Rosita qui tira et marqua. 10 pour la France. Puis ce fut au tour de Rosita : elle tire un corner, Maggie récupère de la tête, et… BUT !!!
L’équipe d’Espagne marqua un but. 21, fin du match !
L’équipe de France, surnommée l’équipe mixte, gagna 21. Ce fut un match surprenant.
L’entraîneur ne regretta pas d’avoir fait confiance aux filles et leur dit :
- Je suis très heureux de vous avoir et j’aimerais vous garder le plus longtemps possible.
- Merci Entraîneur, moi aussi je suis contente de vous avoir comme entraîneur, dit Maggie en souriant.
- Ça fait plaisir ce que vous me dites ; merci.
Dans les années qui suivirent, dans le monde, de plus en plus d’équipes mixtes se formèrent. Maggie et Rosita restaient les initiatrices de ce grand bouleversement.

Anes, Léo

 

Un crime à Dubaï

Samira marche, déterminée, vers la salle de bain. Elle ouvre la porte ; à présent, elle se dirige vers son mari qui est dans le jacuzzi. Elle écarte ses yeux et voit la pupille retournée. Heureuse, elle sourit méchamment, son cœur bat à dix mille à l’heure, elle transpire légèrement ; sa main serre très fort le manche du couteau. Elle lève le bras très haut et s’immobilise.
- TU M’AS PAS LAISSÉ LE CHOIX !!! dit-elle en sanglotant.
Puis, comme un chien enragé, elle plante son couteau dans le cœur de Jawed. Elle enchaîne une dizaine de coups de couteaux, elle ne se contrôle plus ; le sang gicle sur les murs.
Puis elle tombe par terre ; elle se sent cruelle, inhumaine. Elle regarde sa chemise ; elle voit qu’elle est pleine de sang et elle pleure.
Une heure plus tard, toujours en train de couper la tête, elle se rend compte qu’elle a besoin d’une hachette pour casser les vertèbres. Elle va à la cuisine, ouvre le placard, prend la machette et met plusieurs coups dans les vertèbres. Elle prend la tête par les cheveux et commence à lui parler :
- Rappelle-toi quand tu me séquestrais, que tu me faisais dormir dehors, que tu ne me donnais pas à manger. Et le jour où tu m’as cassé une côte, t’as même pas pris la peine de m’amener à l’hôpital.
Elle jette violemment la tête contre le mur :
- C’est tout ce que tu mérites !
Il est cinq heures lorsqu’elle a fini son travail de découpage ; elle prend tous les morceaux, les met dans des sacs poubelle.
Après, elle nettoie la salle de bain dans les moindres détails pour que nulle trace de sang ne se voie.
Elle prend les sacs poubelle et les met dans sa voiture.
Elle roule jusqu’au port et, d’un pas méfiant, elle jette les sacs poubelle à la mer.
Sa vengeance a été telle qu’elle a dépassé tout sens humain.

Nordine, Karim

 

Strange city

Sur la planète Terre, dans une ville inconnue, se situe une rangée de bâtiments allant de la petite section au CM2.
Entre tous ces bâtiments, se situe la cour des CP où il y a une maîtresse, deux surveillants et vingt-cinq élèves de CP.
Dans la cour des CP, il y a deux groupes bien distincts : au fond, à droite, le premier est composé de quatorze enfants habillés de petites robes ou jupes de toutes les couleurs ; dix enfants jouent à la corde à sauter, deux s’amusent avec un cerceau et deux autres sautent sur une marelle.
De l’autre côté, à gauche, l’autre groupe, quant à lui, est composé de dix enfants habillés, eux, de pantalons bleus avec des pulls sur lesquels sont représentées des scènes de dessins animés connus. Cinq jouent au foot et cinq font la course.
Au milieu de la cour, il y a un enfant, mesurant un mètre vingt, yeux noirs, cheveux noirs bouclés et coupés très courts, vêtu d’un jean bleu et d’un tee-shirt blanc, statique, qui regarde les deux groupes d’enfants.
Swann regarde Clara faire du cerceau, prend du plaisir à la regarder ; et, tout à coup, Swann se rapproche du groupe au cerceau et dit d’un ton très gentil :
- Je peux jouer avec vous ?
Un silence se fait dans le groupe et Mia lui répond avec tact :
- Bien sûr ! Par contre, il n’y a que la corde à sauter et le cerceau de disponibles pour l’instant.
Swann commence à jouer et à prendre du plaisir, sans voir le temps passer.
Soudain, un surveillant attrape le bras de Swann d’un geste vif :
- Mais que fais-tu là, petite fille ? Tu dois être dans l’autre groupe.
Il conduit aussitôt l’enfant directement dans l’autre groupe, vers les jeux de garçons.
Swann se retrouve maintenant avec l’autre groupe. Peu intéressée par les jeux de garçons, Swann joue quand même avec les filles au foot. Pourtant, sa conviction profonde est de jouer un jour à de vrais jeux de filles.

Yaman, Jordan

 

Dispute ou réconciliation ?

C’est une villa avec huit chambres, quatre salles de bain, deux piscines, une sur le toit et une dans le jardin, un jacuzzi, une grande cuisine et un salon. Lisa est assise dans le canapé gris, un coussin violet sur les cuisses. Elle regarde la télé. Elle regarde un film, Roméo et Juliette. Elle va se chercher un verre d’eau à la cuisine puis elle revient s’asseoir. Toutes les deux minutes, elle regarde son téléphone pour voir ce qu’elle voudrait voir apparaître, mais ce n’est pas le cas.
Elle se lève, se rassoit.
Tout d’un coup, son téléphone sonne, elle le prend très vite à l’idée que c’est ce qu’elle attend. Mais non ; c’est son meilleur ami, Nathan. Elle répond à son message, puis à celui de Jessica, sa meilleure amie.
Alors qu’elle regarde la scène où Roméo et Juliette se sont enfuis, elle songe à une question : pourquoi l’a-t-il quittée ? Plusieurs questions se posent dans sa tête : Est-ce que j’ai été dure avec lui ?... Est-ce que j’ai fait plein d’erreurs ?... Est-ce que je lui manque ?... Est-ce qu’il m’aime encore ?...
Elle décide d’appeler.
- Allo ? répond Shany.
- Euh… Oui… Euh… Comment vas-tu ?
Elle se met à pleurer :
- Ça va… Et toi ?
Ils plongent tous les deux dans le silence.
- Pourquoi tu m’appelles ? demande Shany.
- C’est pour te demander si on pouvait mettre les choses au clair sur notre couple.
- Lisa, je t’ai déjà dit que si tu ne changes pas… Tu sais bien que je t’aime, mais là, t’as abusé…
- J’ai réfléchi et je me suis sentie coupable de tout. Je suis désolée. Je t’aime moi aussi. Je veux que tu reviennes. Tu me manques.
Il y a encore un nouveau silence.
- OK, on se donne rendez-vous au parc, cet après-midi à quatorze heures.
- OK, ça marche ; à tout à l’heure.
- Ouais… à tout à l’heure.
Shany est assis sur un banc, les yeux fixés sur l’écran de son téléphone ; il soupire. Il pense à lui, à son passé, à toutes ses « ex ». Il pense aussi à celle qui occupe encore une partie dans son cœur et se dit qu’il y a deux ans, il s’est fait une promesse, celle de ne pas la quitter. Mais au point où en est leur couple, il ne sait plus quoi faire. Tout à coup, derrière lui, une voix le sort de ses pensées :
- Salut ! dit Lisa.
- Salut toi ! Enfin tu arrives !... Qu’est-ce qui t’est arrivé ? J’ai cru que tu t’étais fait kidnapper par des oiseaux…
- Pas par des oiseaux mais par des papillons !
Ils se regardent en souriant ; un long silence s’installe entre eux.
- Bref ! De quoi on voulait parler ? demande enfin Shany.
- Euh !... De notre couple, répond Lisa d’une voix frêle.
- Je t’écoute, mademoiselle.
- Euh… Je suis désolée… totalement désolée de tout, dit-elle la tête baissée.
Regarde-moi.
Lisa relève la tête.
- Tu ne m’as pas fait de mal, reprend Shany ; tu te fais du mal toute seule ; tout le temps ! Tu fais MADAME JE SAIS TOUT, alors que tu n’es rien d’autre que toi. Je veux que tu comprennes que tu peux pas changer le monde juste avec ce que tu fais.
Après un instant de réflexion, Lisa avoue :
- Je suis désolée ; je vais changer.
- T’as pas à être désolée, tu n’as rien fait. Juste, tu dois changer. Ça, c’est sûr. (en rigolant)
Ils se plongent dans un silence.
- T’as vu, tu te fous de moi… Mais t’inquiète pas, je retiens, reprend Lisa.
- Mais non, je me fous pas de toi.
Tout à coup, une jeune fille s’arrête devant Shany et Lisa ; c’est Stéphanie, l’ex de Shany. Lisa la dévisage de haut en bas, puis elle tousse.
- Salut ! dit la jeune femme.
- Salut ! dit Lisa d’un ton froid.
- Salut, dit Shany d’un ton un peu gêné.
- Vous faites quoi de beau ? demande Stéphanie d’un ton un peu moqueur.
Lisa répond brusquement :
- Ça se voit pas là ? On parle.
Shany donne un léger coup de pied discret à Lisa pour la calmer.
- J’ai appris que vous deux, c’était fini, reprend Stéphanie.
Lisa commence à rougir. Shany lui lance un coup d’œil, puis reprend rapidement :
- Non, ce n’est pas fini entre nous deux ; on a juste fait une pause et d’ailleurs, on va te laisser. Je te souhaite une bonne journée ; au-revoir.
Lisa se sent un peu mieux.
- Bon ! ben… Si tu as besoin de moi pour parler ou quoi que ce soit, je suis là, tu sais où me trouver.
- T’inquiète pas. J’ai déjà quelqu’un pour ça. Merci, c’est gentil.
- OK… Au revoir.
Au revoir, répond Lisa qui reprend confiance.
Ils se plongent tous les deux dans un silence très long. Lisa tortille une mèche de ses cheveux. Shany regarde son téléphone.
- Tu parlais de qui quand tu disais avoir quelqu’un pour ça ? reprend Lisa.
Shany sourit :
- D’une fille.
- C’est qui, la fille ?
- Je te dirai quand je voudrai.
Un silence encore.
- Shany, est-ce que tu m’aimes ? murmure Lisa.
Shany continue de regarder son téléphone ; il a un petit sourire au coin de la bouche.
- Lisa, réponds à ta question !
- Non… Mais sérieux ?
- Tu as la réponse à ta question, ma belle. Faut juste que tu cogites un peu.
Il range son portable, regarde Lisa :
- Tu veux marcher un peu ?
Ma réponse à moi, c’est oui, dit Lisa en souriant. Et, oui ! Je veux bien marcher avec toi.
Shany sourit puis prend la main de Lisa. Ils s’en vont dans les prairies. Soudain, un nuage de papillons vole au-dessus de leurs têtes ; des papillons de toutes les couleurs. Ils s’enlacent et, petit à petit, Lisa pose sa tête sur le torse de Shany et ferme les yeux.

Jennifer, Frédérique

 

Mon journal intime

2 septembre
Mes parents ont décidé de déménager en France à Carcassonne pour leur travail. Aujourd’hui, nous sommes le 2 septembre et c’est le jour de la rentrée dans mon nouveau lycée.

5 septembre
J’ai donc fait connaissance avec Paul qui est un garçon de ma classe ; il a seize ans comme moi, on s’entend super bien. Paul, il est gentil, il est grand, il est métis, il a de grandes oreilles et il est musclé !

10 septembre
Une semaine est passée, nous sommes 24 sur 24 ensemble. On pourrait passer des heures à rigoler…

12 septembre
Je me suis fait amie avec un groupe de filles de mon lycée, elles ont seize ans. Elles s’appellent Louise, Emma, Léa et Céline. Elles sont plutôt gentilles et cool ! Je suis contente et surprise qu’elles soient venues vers moi.

14 septembre
J’ai remarqué qu’elles se comportent bizarrement avec les garçons ; elles les regardent de haut, et, quand Paul vient me parler, elles me fuient comme la peste. C’est bizarre !

21 septembre
J’ai vraiment sympathisé avec les filles. Elles sont trop drôles. Cet après-midi, nous sommes allées en ville boire un verre dans un salon de thé, on a trop rigolé ! C’était assez sympa. Dommage qu’elles n’aient pas voulu que Paul vienne avec nous ; je commence à m’éloigner de lui, c’est triste !

1er octobre
Ce matin, en passant dans la cour, derrière l’arbre, je vois Emma, Léa et Céline qui se mettent à trois contre un garçon, je sais pas comment il s’appelle, mais il est petit, faible ; il a les cheveux longs, il est dans mon lycée mais je ne sais pas dans quelle classe. J’essaie d’intervenir pour que les filles arrêtent de taper ce pauvre garçon. Mais leur réaction m’a surprise et choquée. Elles m’ont menacée en me disant : « Toi, occupe-toi de toi et ne préviens personne. Sinon, tu vas voir ce qu’il va t’arriver… » Je me sens mal d’entendre ces paroles venant de mes amies ; c’est blessant.
Je ne sais pas quoi faire… Appeler un surveillant ou ne pas le faire ? Car elles risquent de me faire la même chose… J’ai un peu peur, mais d’un autre côté, je ne peux pas laisser ce garçon se faire taper… C’est décidé ; demain, j’en parle à la CPE !

2 octobre
Ce matin, Léa m’attendait à l’entrée du lycée. Elle m’a dit : « Viens ; maintenant, il faut qu’on t’explique… » Elles m’ont expliqué qu’il y a eu, en France, une révolution des femmes contre les hommes et qu’elles se vengent par rapport à leurs ancêtres. Elles m’ont cité en exemple la grand-mère de Léa qui s’est fait traiter plus bas que terre par son grand-père qui l’a, par exemple, jetée dans les escaliers. Elles m’ont raconté plein d’autres situations gravissimes.

3 octobre
Je pense qu’elles ont raison, mais elles n’ont pas raison sur la façon dont elles le font. La violence mène à la violence. Je suis sûre qu’il y a d’autres moyens de faire pour que, nous les filles, ne soyons plus traitées de cette façon.

28 octobre
Je subis la violence des filles tous les jours : elles me harcèlent, m’humilient devant tout le monde et, quelquefois, me tapent. Paul m’a abandonnée ; il m’a expliqué que je l’avais abandonné quand j’ai sympathisé avec le groupe des filles et ça l’a énormément vexé. Il m’a demandé de ne plus lui adresser la parole. Je me sens terriblement seule et tellement mal !

29 octobre
Comment je vais expliquer aux filles que leurs agissements envers les garçons ne mènent à rien ? Et puis, comment je vais faire pour récupérer Paul ?

Lilou, Ruben

 

Dans un orphelinat à Carcassonne

Juan arrive à la gare, voit Kheira au loin ; elle est assise sur un banc à l’attendre en se roulant les pouces. Kheira lève la tête et voit Juan. Elle s’avance, en short et débardeur, pour lui dire bonjour, puis s’empresse de lui annoncer la bonne nouvelle.
- Bon, Juan, pendant le week-end, j’ai fait des recherches pour que tu voies ton père et j’ai trouvé son adresse dans tes affaires… pendant que tu étais au foot…
- T’AS FOUILLÉ DANS MES AFFAIRES ?! NON MAIS VA LE VOIR À MA PLACE AUSSI !!!...
Elle l’énerve ! Elle se prend pour qui ? Il ne lui a rien demandé… Elle veut toujours se mêler de tout, c’est pas possible !
- Non… Mais c’est bon… Je voulais juste t’aider…
- J’m’en fous !...
Il part tout en se retenant de la frapper, se disant que ça ne vaut pas la peine.
Kheira a essayé de le rattraper, mais n’y est pas parvenue.
- Il ne comprend pas que je voulais faire le bien et non le mal, se dit-elle un peu triste.
Elle retourne s’asseoir là où elle était, elle réfléchit à ce qui s’est passé, elle pense que leur amitié est finie… Elle repense à leur première rencontre, leurs journées, leurs après-midis, leurs soirées, leur complicité et leurs délires ensemble ; elle repense à ces premières blagues nulles… Mais vraiment nulles !
- C’est l’histoire de Jean et de son ami. Jean, par malheur, décède. Son ami verse un produit sur la tombe de Jean. Quel est ce produit ?
- Je sais pas… C’est quoi ?
- Du détergent ! Déterre Jean !... C’est drôle hein ?!
- Oui, c’est drôle…
Un sourire se dessine sur son visage quand elle pense à tout ça… Leurs discussions par rapport à son père, à lui, Juan… Elle a fait tout ça car Juan ne prend jamais de décision. Il est toujours en train de dire : « je crois… », « c’est peut-être une mauvaise idée… » ou alors « je sais pas… ». Donc Kheira a voulu prendre des décisions à sa place, et elle se dit que c’est une bonne chose.
De son côté, Juan est parti. Il repense lui aussi à toutes les petites mimiques de Kheira, à toutes ses petites crises de jalousie aussi, aux moments où elle n’était pas bien, où elle était triste et qu’il n’avait pas les mots pour la réconforter… Il se sentait mal, il en souffrait mais ne disait rien pour ne pas inquiéter Kheira. Il va au plus profond de ses souvenirs et… rien malheureusement… Il abandonne « sa recherche ». Il pense à son physique, elle est si parfaite à ses yeux ; petite, de longs cheveux noirs, des yeux verts… Ralala ! Une perfection !
Il sent qu’il se calme :
- Juan, tu ne peux pas faire ça ! Tu ne peux pas frapper une fille ! Si tu le fais, tu vas t’en vouloir. Ne fais pas ça !...
Il fait un détour et se retrouve derrière Kheira, toujours assise. Il l’observe ; elle est penchée en avant, les coudes sur les genoux, le menton, sur la paume de la main ; on dirait qu’elle est en train de réfléchir.
Brusquement, elle se lève et part.
Juan crie :
- KHEIRA !!
Elle se retourne, surprise.
- Tu veux quoi ? fait-elle sèchement.
- Ben… En fait, euh…
Puis d’un seul coup, une chose vient à l’esprit de Juan. Il reste immobile, silencieux, les yeux grands ouverts, choqué de sa révélation.
Kheira lui dit :
- Qu’est-ce qui se passe, Juan ?
- Je viens de comprendre pourquoi tu as fouillé dans mes affaires…
Kheira s’est arrêtée ; elle attend qu’il parle.
- Kheira… Tu as fouillé dans mes affaires car je ne prends pas assez de décisions. Donc tu t’es dit qu’il valait mieux les prendre à ma place pour aller plus vite…
- Oui, j’ai fait tout ça pour toi ! l’interrompt-elle. Mais si tu veux pas, moi, je m’en fous !
- C’est quand le rendez-vous avec mon père, alors ?
Kheira se retourne, surprise, avec un regard joyeux

Sarah, Hadrien

 

Bouleversement de tradition

Younes tire la valise de sa mère et son père tire la sienne. Il est devant, un peu plus loin ; grand, peu musclé, il a le regard fatigué ; il marche la tête haute.
La mère est plus petite que son fils ; elle le regarde, très triste ; elle pense qu’elle ne reverra plus son petit-fils pendant longtemps.
Devant eux, l’aéroport ressemble à un grand ovale en verre avec de l'acier. Younes, Mohamed et Yamina entrent dans le hall. Il y a beaucoup de monde aux guichets d’enregistrement ; en plus, l’avion est en retard. Ils regardent les boutiques : une boulangerie, plusieurs Starbuck coffees.
Mohamed se dit qu’il a du temps pour parler à Younes. Il se retourne vers son fils, lui fait un signe de la main :
- Fils, tu veux un café ? Viens, on va s’asseoir.
- Oui, je veux bien. Maman, tu viens ?
- Non, je reste là, fils. Je préfère faire les boutiques.
En fait, elle préfère laisser le père et le fils parler.
Les deux hommes s’éloignent et Yamina va dans une boutique de vêtements.
Le père et le fils vont s’asseoir à la terrasse d’un Starbuck.
Mohamed regarde son fils dans les yeux et, même si sa voix tremble un peu, il parle sans hésiter :
- Fils, je t’ai trouvé un travail vers chez toi.
- Pourquoi t’as cherché ? Je veux pas travailler ! Qui va surveiller Amin ? lui répond Younes calmement.
Mohamed boit une gorgée de café, il respire fort, il cherche à garder son calme :
- Je sais pas… À l’école…
- Non, non.
Soudain le téléphone de Younes sonne ; il sourit, semble rassuré et décroche :
- Oui, Julie, tu as bien reçu mon message ? lui demande-t-il d’un ton confiant.
- …
- Oui, comme l’avion a du retard, je ne pourrai pas le prendre à l’école. Donc tu le prends, tu le fais manger et tu peux le ramener ? Ha ! Merci ! Tchao.
Pendant la conversation, Mohamed tourne son café.
Younes, fermant son portable, regarde son père :
- Donc, tu disais ?...
- Oui… Pourquoi tu ne travailles pas ?
- Père, qui va surveiller Amin ? soupire Younes en jouant avec son téléphone.
- Ta femme ne travaille plus et toi, tu travailles ! Dans la tradition, la femme ne travaille pas. Si tu es un homme, tu dois travailler !
- Père, je le sais !
Younes se retient de crier ; il a envie de partir. Il voit sa mère arriver. Elle s’assoit à côté de son mari.
- Fils, j’ai fini les magasins.
Mohamed pose sa petite cuiller, avale son café et, toujours en regardant sa tasse, dit à Yamina :
- Femme, explique-lui, s’il te plaît.
- Fils, tu as pensé à Amin ? Il ne se sent pas seul sans sa mère ?
- Il est habitué à ça, répond Younes d’une voix plus douce. Donc il sait qu’elle va vite rentrer.
C’est l’heure de prendre l’avion. Les parents disent au-revoir à leur fils.
Une heure plus tard, Younes est dans sa voiture. Il pense à son père, à la conversation qu’ils ont eue ; il est déçu par la réaction de son père. Lui qui habite un pays comme l’Australie, il peut constater l’évolution des mentalités, surtout cette égalité entre hommes et femmes. Malgré ses profondes convictions, il a une ouverture d’esprit autre en ce qui concerne l’équité entre hommes et femmes. Il pense qu’il faut peut-être du temps, que peut-être sa mère va parler à son père…
Puis, au moment où le feu passe au vert, il s’interroge :
- Qu’est-ce qu’on pourrait bien manger ce soir ?

Myriam, Chaïma

 

Double parricide

Michel, dans son maillot du PSG – le numéro 9 –, est devant la télé. Il saute de joie en criant :
— Vamos Cavani !
Le joueur du PSG vient de marquer un but contre l’OM.
Michel a cinquante ans, il est boulanger.
Soudain, il entend un bruit comme si on cassait une fenêtre ; cela vient de la cuisine.
Michel remarque que la fenêtre est ouverte ; il la referme. Il se retourne et voit ses deux fils, Bryan et Oliver. Un fusil est pointé sur lui
Il est effrayé, choqué :
- Ne faites pas ça mes enfants !
Les deux frères répondent à leur père :
- Donne-nous une raison de ne pas tirer.
- Je vous aime… J’ai tout fait pour vous… Je vois pas pourquoi je mérite ça !
Bryan coupe la parole à son père et reprend la parole ; il est énervé, il crie :
- Tu devrais savoir depuis notre naissance ce qu’on a subi et les coups qu’on a pris par toi.
Michel, d’une voix aigüe, complètement terrifié, pleure :
- Je vous mettais des coups parce que, chaque fois que je vous parlais, vous me respectiez pas.
- Menteur !!! hurle Oliver.
Et là, PAM !!!!
Le père tombe à terre.
Les deux fils le regardent.
- Est-ce que tu regrettes ? demande Bryan à Oliver.
Oliver répond à son frère qui continue de regarder son père :
- Depuis la naissance, qu’est-ce qu’il nous a fait ? Je regrette rien. Et toi, que penses-tu ?
- Je suis tout à fait d’accord avec toi.

Dominique est en route pour rentrer chez elle. Elle a eu envie de faire une surprise à Michel : lui préparer un dîner d’amoureux. Et elle est allée faire des courses. Dominique est une femme d’une quarantaine d’années, blonde, aux yeux bleus ; une très belle femme.
Arrivée devant le portail, elle appelle Michel. Michel ne répond pas. Elle laisse les courses devant la voiture.
À peine entendu le bruit de la clé, Oliver et Bryan se précipitent et se cachent derrière la porte de la cuisine. Une fois qu’elle est rentrée, elle regarde dans le salon, elle voit la télé allumée, mais pas Michel. Dominique s’inquiète un peu et passe partout dans la maison.
Quand elle arrive dans la cuisine, elle voit son mari à terre, plein de sang. Elle n’arrive pas à réaliser ce qu’elle voit ; elle est émue, choquée et se demande qui a fait ça. Elle pleure.
Là, les deux frères sortent de leur cachette et pointent le fusil sur la tête de leur mère. Elle se retourne et de ses propres yeux, voit ses deux fils :
- C’est vous qui avez fait ça ?
- Si c’est pas nous, qui peut faire ça ?
Dominique n’arrive pas à parler, elle n’a pas les mots pour dire ce qu’il se passe.
- Pourquoi vous ?
Le fusil de Bryan tremble légèrement. Oliver baisse le canon du fusil. Bryan sait qu’il ne peut pas la laisser parler. Il crie :
- Pourquoi nous ? dit-il en remontant le fusil. Tu nous demandes pourquoi nous ? Quand Papa nous grondait et nous frappait, tu faisais quoi ? tu disais quoi ? Rien ! Tu ne faisais rien ! Tu appelles ça être quoi ? tu appelles ça être une mère ? Une femme ? Être une femme, être une mère, c’est tout faire pour ses enfants, les aimer, les protéger.
Il la tue.

Yanis, Ben

 

Une rencontre entre deux jeunes

Mercredi vingt-huit mars. Le soleil couchant est au rendez-vous au gymnase de Montpellier, trente mille places, pour la finale de basket Paris-Montpellier. Marie regarde sa montre, elle est un peu inquiète. Elle relève les yeux et voit plusieurs équipiers arriver. Elle attend son frère, elle est impatiente, un peu angoissée ; elle marche, elle appelle Jean mais il ne répond pas. Marie, bien musclée, un mètre soixante-dix, porte un jogging bleu et un pull bleu clair. Elle a donné rendez-vous à son frère Jean devant le vestiaire, mais il est en retard.
Au bout de cinq minutes, Jean arrive en courant, accompagné d’un visage inconnu, embrasse Marie et s’adresse à Vincent :
- Voilà, je te présente ma sœur ! À force de t’en parler, tu l’as, ici présente ! Elle encourage l’équipe à chaque fois qu’elle vient !
- Oh ! D’accord… Bien… Ravi de faire ta connaissance !
Vincent est un peu gêné, il ne sait pas comment lui dire bonjour. Il lui tend la main, mais elle va pour lui faire la bise.
Marie leur souhaite un bon match.
Le match commence ; Marie est assise dans les tribunes. Elle aime regarder Vincent quand il saute ; elle admire sa façon de dribbler et sa façon de courir. Elle lui trouve un côté féminin qui ne lui déplaît pas.
Le match est fini. L’équipe de Vincent et de Jean a gagné 94-82. Pour fêter leur victoire, ils se retrouvent dans un restaurant quatre étoiles. Tout le monde s’entend bien, ils mangent tranquillement ; la soirée ne fait que commencer.
Vincent, très intéressé par Marie, veut en apprendre plus sur elle. Il lui demande son métier.
- Je suis militaire, dit-elle avec fierté.
- Militaire ?
- Oui, je veux montrer que ce n’est pas seulement un travail de garçon ; aussi pour montrer mon courage et pour venger la mort de ma sœur. Et toi, pourquoi tu fais ce métier ? demande Marie qui aime la façon d’être de Vincent, son comportement, sa gentillesse, son physique.
Vincent répond :
- Je fais ce métier car je veux montrer mon intelligence et mon courage ; car, pour moi, ce sport est héréditaire. Mon père était comme cela, je n’y peux rien.
Il est une heure du matin ; Vincent, Marie et Jean sortent du restaurant.
Deux jours après, seuls Vincent et Marie se retrouvent.

Corentin, Loïc

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Francis Delabre

Auteur
Scénariste, animateur, sculpteur, écrivain, peintre

Pour faire plus ample connaissance avec l'auteur, cliquez sur ce lien

delabre francis

- Monsieur, j’aime pas écrire…
- …
- J’aime pas lire et j’aime pas écrire.
C’était mon premier atelier d’écriture où les participants ne semblaient être demandeurs. Une classe entière qui, depuis le début, ne comprenait pas vraiment pourquoi elle était là, devant moi, à écouter mes salades et participer à quelques premiers jeux rapides avec les mots.
Nous étions maintenant dans le vif du sujet, à savoir composer la petite nouvelle demandée d’après les idées que chaque duo avait trouvées. Ça rigolait pas mal, malgré le fait qu’en accord avec leur prof de français et la documentaliste nous les avions séparés et éloignés l’un de l’autre dans la grande salle du CDI ; ça déconnait adonf, mais dans l’ensemble ils s’étaient tous mis à écrire, certains même écrivaient beaucoup et vite. Ce n’était pas encore de la littérature, loin s’en faut, mais ils écrivaient.
- Ah ! Et qu’est-ce que tu aimes ?
- Les films, et jouer sur l’ordi.
Ce fut sa réponse à mon étonnement de le surprendre au-dessus de sa page blanche, le regard perdu et le stylo entre les dents. Je lui expliquai alors que, pour faire un film, ou créer un jeu, il y a toujours quelqu’un, à l’origine, qui a écrit l’histoire.
Ses yeux se sont fixés sur moi. Doucement, ils ont repris vie, une petite lumière les a fait briller, le stylo s’est posé au dessus du papier. Mais elle venait de loin, cette petite lumière, bien loin.
Je réalisai alors qu’il leur manquait à tous l’essentiel : la lecture. J’aurais dû pourtant m’en douter dès le début, lorsque j’avais fait le constat de l’extrême difficulté qu’ils avaient rencontrée à la lecture de mon livre.
Pourtant, de ratures en recommencements, de découragements en plaintes et soupirs variés, ils y sont arrivés. Ils se sont pris au jeu. Ils ont vaincu une petite partie de leur manque de confiance en eux. Ils ont écrit !
Leurs nouvelles sont là. Perfectibles, certes, mais elles sont là, devant nos yeux étonnés.
Je suis content et fier pour eux.
Et je suis heureux d’avoir été secondé par Anne Vergne et Patricke Dupré. Sans elles la mission eut été sérieusement compromise.
Grâce à cette nouvelle expérience, je mesure aujourd’hui un peu mieux la bataille que mènent chaque jour nombre d’enseignants contre la turbulence contemporaine qui entraîne beaucoup trop de nos enfants dans un gouffre sans fond.

L'établissement

Collège Jules Vernes

Boulevard Joliot-Curie

11000

Carcassonne

Chef d'établissement

Mr Emmanuel Guérard