Collège Joseph Delteil
"Des cases à elles"
Un mot
Choisir de se créer sa propre chambre à soi… qu'on soit fille ou garçon. Se faire de l'espace. Se créer une case pour simplement exister. Une case avec une bulle, une cartouche ou juste un simple « OUF! ». Et nos « cases à elles » sont finalement devenues des cases pour eux.
Cee Cee Mia
Cee Cee Mia
autrice
Le projet a marqué leurs esprits.
L'équipe enseignante
L'équipe enseignante
Les réalisations

En bref

l'établissement
Collège Joseph Delteil
la ville
19 rue des études 11300 Limoux
la classe
4e (13/14 ans)
les intervenants
L'autrice : Cee Cee MIA (Céline Houatmia) | Lydie Mahiet (enseignante de lettres), Carole Alibert (documentaliste), Mme Sablier (enseignante arts plastiques)
le thème
"Des cases à elles".

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"Des cases à elles"

Un recueil de BD qui met en lumière la place de la femme dans la société : des figures emblématiques d'un autre temps aux héroïnes de notre époque

Souvenirs, souvenirs
L'auteur / L'autrice

Cee Cee Mia (Céline Houtmia)

Autrice
Jeunesse

Pour faire plus ample connaissance avec l'autrice, cliquez sur ce lien

houtmia celine, cee cee mia

Interroger des collégiens sur leur représentation de la place de la femme dans la société aujourd'hui et leur demander de nous en parler en BD était un pari qui pouvait sembler complètement fou. Qu'est-ce que moi en tant que scénariste j'allais pouvoir leur apporter ? Et allaient-ils se sentir concernés par cette thématique ? C'est vrai après tout, y a-t-il encore besoin aujourd'hui de revenir sur cette « chambre à elle » qu'évoquait Virginia Woolf ? Heureusement, notre équipe était décidée à relever ce défi et à en faire une vraie aventure. Et pourquoi pas, une aventure de femmes… Lydie, Carole, Céline et moi-même, nous sommes donc mobilisées autour de ces ateliers. Voici comment j'ai personnellement vécu cette aventure.
Pour moi c'était une première avec des collégiens et j'avais un peu peur que cette thématique les déroute. Voir même que ce soit une problématique « résolue » pour cette génération. Mais à mesure que les ateliers se déroulaient, et que cette mini société formée par la classe se mettait à fonctionner, je devenais de plus en plus convaincue que cette fameuse « chambre à elle » était loin d'être un problème résolu. Les groupes mixtes fonctionnaient souvent sous la même dynamique : les garçons parlaient fort pendant que les filles, elles, faisaient le gros du travail et n'étaient pas toujours entendues. Je regardais ça en tant qu'auteur mais aussi en tant que maman (ces élèves sont de la même génération que mes enfants). Ce que je voyais chez eux, je savais que je le retrouverais chez mes propres enfants et ce malgré une éducation basée sur la parité. En 2017, rien n'était gagné ! L'idée même de la place de la femme avait encore de la route à faire chez ces jeunes et dans leur posture vis à vis du sexe opposé. Parallèlement, l'actualité du festival d’Angoulême résonnait à l'unisson avec ce questionnement qui nous occupait. De nombreux témoignages affluaient sur le site du collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme (http://bdegalite.org). Cette « chambre à elle » était encore au cœur de tout et les « autrices » de bande dessinée avaient décidé de se l'approprier. La scénariste que je suis était donc plutôt légitime dans cette mission et sa thématique m'amenait aussi à réfléchir sur ma condition de femme (de mère et d'autrice). Sommes-nous à ce point conditionnés que quoi que nous fassions, la place de la femme dans la société reste une place à inventer ? Et si c'est le cas, comment arriver alors à la (ré)inventer ? Vaste question ! Mais ce qui est certain c'est que ces ateliers étaient une occasion en or de questionner ces auteurs en herbe sur des problématiques qu'ils n'avaient peut-être pas encore pu mesurer. La place de la femme dans la société… Sans surprise, à l'annonce de la thématique, je les ai vus frémir et rouler des yeux. Qui pour eux étaient des femmes d'exception ?
Bon, j'avoue, il leur a fallu d'abord se débarrasser de certains clichés. Exit donc les Nabila et autre « gogo » qui une fois les strass enlevés n'ont finalement pas beaucoup de rayonnement. Mais en creusant bien, leurs héroïnes sont apparues doucement. Et si elles n'avaient toujours pas de « place» et bien nous allions ensemble leur en inventer ! Notre projet « des cases à elles » était en marche.
Les élèves avaient pour mission de produire des scénarios de BD par équipe de trois ou quatre élèves. Des élèves qui ne s'étaient même pas choisis puisque les groupes ont été établis par l'équipe enseignante. Une autre « épreuve » pour certains, surtout quand à leurs âges on préfère « marcher » par affinité. Et puis la BD c'est top mais beaucoup moins quand on ne dessine pas tout de suite ! Et oui ! Mais d'ailleurs, pourquoi travailler cette thématique par le biais du scénario BD me direz-vous ? Surtout quand en plus ce n'est pas un illustrateur qui intervient. Eh bien, simplement parce que le travail du scénariste (et toutes les recherches en amont) est un superbe outil pédagogique pour apprendre à ces auteurs en herbe la patience, le processus créatif et la résilience. Et puis cette démarche illustre aussi parfaitement le cheminement qu'il reste à faire à nos sociétés pour que la place de la femme n'y soit plus une thématique que l'on traite en classe. Tout cela prend du temps et demande de s'impliquer entièrement. Les élèves ne pouvaient pas faire ce travail en deux temps trois mouvements. Les personnages, l'univers, le pitch, le synopsis pour arriver enfin au scénario ont été autant d'étapes nécessaires à la maturation de leur projet. Une première peut-être pour une génération où tout va vite et où tout se consomme en instantané. À l'heure où l'image prime sur tout, il fallait au moins le travail du scénariste pour éclairer ce qu'est le processus de création. Et ça n'a pas été facile pour tous ! Quelle nouveauté pour eux que de découvrir que derrière un album BD se cachent parfois des années de travail. Pourtant, ils ont relevé le défi avec brio. Certains sont devenus incollables sur les univers qui entouraient leur scénario. Leurs recherches les ont amenés à écouter différemment les cours de français ou d'histoire géo. D'autres se prenaient au jeu du scénariste en décortiquant albums et films. Quelques-uns se sont dévoilés sur le travail avec la professeure d'arts plastiques. Certains timides ont parlé plus fort. D'autres ont simplement passé le temps en gribouillant ou en rêvant. Mais tous ont dû se positionner d'une manière ou d'une autre et faire des choix.
Et elle était peut-être là, la réponse à mon questionnement de ce que j'allais leur apporter en tant que scénariste. Lors de ces ateliers je les ai accompagnés dans leur choix. Leurs choix à eux, des choix qui ne sont pas quantifiables sur une échelle de notes, des choix qui ne reflètent rien d'autre que ce qu’eux veulent passer comme message. Notre aventure de femmes était un espace de paroles, où on leur donnait la possibilité de prendre le pouvoir. Un pouvoir créatif qu'ils ne soupçonnaient peut-être même pas. Pendant ces ateliers, il n'y avait pas de bons ou de mauvais scénarios mais juste des sensibilités différentes, des parties pris différents et des choix singuliers. Choisir d'élargir son horizon en se posant des questions sur des problématiques qu'on ne maîtrise pas. Choisir de se mettre à la place de l'autre, y compris de son personnage pour le rendre « vivant ». Choisir de ne rien faire du tout parce que la posture d'élève n'intéresse pas. Choisir de se créer sa propre chambre à soi… qu'on soit fille ou garçon. Se faire de l'espace. Se créer une case pour simplement exister. Une case avec une bulle, une cartouche ou juste un simple « OUF! ». Et nos « cases à elles » sont finalement devenues des cases pour eux.

L'établissement

Collège Joseph Delteil

19 rue des études

11300

Limoux

Chef d'établissement

M. Bagdhadi